les heures souterraines

Les heures souterraines de Delphine de Vigan

JC Lattès (2009) / 300 pages / 17 euros

Habituellement, je n'aime pas les romans qui m'évoquent trop prosaïquement mon quotidien (a fortiori géographiquement). Quand j'ouvre un livre, c'est pour rêver, pour voyager. Pour cette raison, je n'apprécie pas ceux d'Olivier Adam. Pourtant mes réticences sont tombées avec Les heures souterraines : j'ai immédiatement été touchée par les personnages, leurs blessures, leurs solitudes croisées.

 Mathilde et Thibault, deux quadras au bord de la rupture.

Ils ne se connaissent pas mais subissent la même routine épuisante, le même anonymat d'une vie en île-de-France qui les écrasent. Mathilde, cadre dynamique d'une entreprise de marketing, est victime de harcèlement par son responsable hiérarchique. Thibault, médecin aux urgences médicales de Paris, vient de mettre fin à une relation amoureuse à sens unique. Pendant 24 heures, Delphine de Vigan alterne leurs déboires et le ressort narratif est : vont-ils se rencontrer ? Se sauver mutuellement ? « Mais les gens désespérés ne se rencontrent pas. Ou peut-être au cinéma. Dans la vraie vie, ils se croisent, s'effleurent, se percutent. Et souvent se repoussent, comme des pôles identiques de deux aimants » (p.167).

Les heures souterraines sont ces petites heures de la nuit où l’insomnie paralyse, où la vie semble plus laborieuse et désespérée qu'en journée. Comme l'indique ce titre, le roman de Delphine de Vigan n'est pas optimiste. L'écriture est dans la retenue, focalisée sur la psychologie et les sentiments (silencieux, intériorisés) de Mathilde et Thibault.

Sa critique de notre société contemporaine est juste. Je peux personnellement attester de l'authenticité du quotidien des usagers du RER D qu'elle décrit. Étonnamment, j'ai été happée par les thèmes développés (qui plutôt rares en littérature) : la violence du harcèlement moral sur le lieu de travail, cette lente mécanique presque invisible qui détruit la confiance en elle-même d'une employée modèle. La solitude d'un médecin généraliste confronté à la misère du monde. La déshumanisation subie par certains citadins. L'amour. La fragilité, la vulnérabilité qui peuvent être les nôtres à certains moments de la vie.

J'ai aimé la sensibilité et le réaliste de ce roman et je ne m'y attendais pas. Du coup, c'est encore mieux !