la terre qui penche

La Terre qui penche de Carole Martinez

GALLIMARD (NRF) / 2015 / 365 pages / 20 euros

La Terre qui penche raconte l'histoire de la jeune et farouche Blanche, orpheline de mère et élevée par une sorte d'ogre brutal et jouisseur qu'est son père. Un jour, il conduit Blanche à travers la forêt pour la marier à l'héritier du domaine voisin. Blanche va y découvrir une douceur de vivre qu'elle ne connaissait pas, l'histoire de sa naissance et l'amour, la vengeance mais aussi la cruauté des hommes et des fées.

Deux siècles après le Moyen-âgé exalté d'Esclarmonde (Du Domaine des Murmures), Carole Martinez fait revivre un autre Moyen-âge, où les légendes païennes et le merveilleux coexistent avec les superstitions chrétiennes et la terreur du Diable « agile et filou ».

C'est au printemps 1361 que le récit débute dans l'euphorie créée par la fin d'une épidémie de « pestilence » et une accalmie dans la Guerre de cent ans. C'est un monde de chants populaires qui sont la mémoire des illettrés, chants d'amour, chants liturgiques … qui adoucissent le dur quotidien de cette « terre qui penche » c'est-à-dire la vallée de la Loue, proche de Moustier (en Franche-Comté) « cette vallée follement hérissée de croix et de vignes » (p.209). C'est une vallée presque autarcique, où seul le bourreau se déplace librement et où il n'est pas rare de croiser la Vouivre ou des petites filles mortes … 

Comme dans Du Domaine des Murmures, Carole Martinez traite de la condition des femmes au Moyen-âge. Blanche n'est finalement qu'une petite sauvage qui devient femme, dès lors qu'elle est loin de son ogre-père. Émancipation qui passe cette fois-ci par l'éducation et l'affection. Mais l'auteur parle aussi de la mémoire (collective et personnelle), de l'amour (celui qui doit se cacher) et de superstitions dans un siècle troublé par la mort.

Autre point marquant du roman, la narration, qui alterne la voix de Blanche enfant et celle de Blanche « vieille âme » morte depuis longtemps. Ce procédé m'a semblé un peu artificiel qui sert à préserver le suspens. En effet, le lecteur sait que Blanche est morte à 12 ans mais en ignore les raisons.

Cette narration est une suite de tableaux stupéfiants de beauté (le maléfice liminaire de la Loue, la noyade d'Aymon, les morts de Bouc, le tournoi de chevalier …) mais entre ces fulgurances, j'ai quand même trouvé certains passages (notamment au début) un peu longs. Pourtant, c'est la richesse, la beauté et la poésie, parfois la truculence de la langue de Carole Martinez, qui me resteront en mémoire.

Pour conclure, j'ai été complètement séduite par la reconstitution historique qui emmêle joliment histoire et conte et par le caractère farouche de la petite Blanche.