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Le livre des Baltimore de Joël Dicker

Éditions DE FALLOIS (2015) / 475 pages / 22 euros

Dès son acquisition par ma bibliothèque municipale, j'ai été sur la liste d'attente pour retrouver le charmant Marcus Goldman car, malgré ses imperfections, j'avais aimé La Vérité sur l'affaire Harry Québert.

Marcus, « l'étoile montante de la littérature américaine » (p.27), (*alter ego de Joël Dicker ?*) est un jeune écrivain qui entreprend de raconter l'histoire de ses cousins, les Goldman-de-Baltimore, afin de comprendre pourquoi cette famille, si aisée et unie, a été détruite au seuil des années 2000. C'est ce retournement de situation annoncé qui donne l'impression d'un compte à rebours vers une catastrophe imminente et fait du livre un page-turner efficace.

« La dénomination 'Goldman-de-Baltimore' était le pendant de ce que nous étions, mes parents et moi, au regard de notre domiciliation : les Goldman-de-Monclair, New Jersey […] Mais ce qui n'avait été au début d'une façon tendre de nous identifier avait fini par devenir l'expression de la supériorité des Goldman-de-Baltimore jusque dans leur propre clan » (p.28)

Par affection pour son oncle Saul et ses cousins Hillel et Woody, Marcus plonge dans ses souvenirs d'enfance et d'adolescence afin d'en faire le sujet de son prochain roman. Commence alors le récit nostalgique d'une enfance dorée et insouciante, typique des familles blanches américaines huppées de la Cote Est. Bien qu'il soit un « Goldman-de-Monclair » (issu de la branche modeste de la famille), Marcus est accueilli à bras ouverts chez les richissimes Goldman-de-Baltimore et fait les 400 coups avec ses cousins. Mais à l'aube de leur entrée prometteuse dans la vie d'adulte tout vole en éclats …

Marcus raconte cette dramatique saga familiale encombré d'un double handicap : le filtre de sa naïveté d'enfant et celui de sa jalousie (envers ses cousins et leur train de vie majestueux). « Étais-je beaucoup trop occupé à tous les admirer pour réaliser que les Baltimore étaient en train de se désintégrer ? » (p.258). Sa lucidité est rétrospective et le lecteur, qui n'est pas dupe, distingue bien les fissures.

Le livre des Baltimore est un roman sur la perte des illusions et la découverte de l'amour (Joël Dicker en parle avec moins de mièvrerie que dans La Vérité sur l'affaire Harry Québert). Jalousie, famille, argent, rivalité amoureuse, pardon et travail de la mémoire : aucune originalité particulière dans les thèmes développés. Pourtant, le récit est solide, la saga familiale se déroule devant nos yeux sans temps mort et avec facilité.

Pour conclure, j'ai aimé ce roman (qui m'a semblé moins alambiqué que La Vérité sur l'affaire Harry Québert). Joël Dicker possède un réel sens du rythme narratif, il ne multiplie pas les rebondissements inutiles. J'aime aussi ses pointes de romantisme (plutôt rares sous les plumes masculines actuelles). Bref, comme ce fut le cas avec La Vérité sur l'affaire Harry Québert, je n'ai pas boudé mon plaisir …