all clear

All Clear / Blitz, deuxième partie de Connie Willis

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) : All Clear

J'ai lu (Science-fiction) / 2015 / 957 pages

Mike, Polly et Eileen sont des étudiants d'Oxford de 2060 qui étudient l'histoire en voyageant dans le passé. Dans cette suite, ils se retrouvent bloqués en plein Blitz londonien, en 1940. Polly reste employée dans le grand magasin (fictif) Townsend Brothers, sur Oxford street, et actrice dilettante dans les pièces shakespeariennes de Sir Godfrey. Mike, blessé lors de l'évacuation de Dunkerque, enquête à Bletchley Park afin de trouver une porte de retour vers 2060. Eileen, qui a enfin retrouvé ses amis, déjoue sa peur des bombardements en lisant Agatha Christie et en maternant les terribles Alf et Binnie Hodbin. En attendant l'arrivée d'une éventuelle équipe de secours, tous vont devoir participer au service de la défense civile.

L'enjeu de All Clear réside dans le souci de Mike, Polly et Eileen de ne pas créer de paradoxe temporel … tout en craignant de l'avoir déjà fait, ce qui expliquerait pourquoi ils restent bloqués en pleine Seconde guerre mondiale. Connie Willis brode son intrigue autour de la théorie du battement du papillon : bousculer une Wren, secourir un soldat blessé, prendre en charge des orphelins … tant de petites actions pour pourraient changer le déroulement de la guerre. Et si, à cause des voyageurs du temps, les Alliés avaient perdu la Seconde Guerre mondiale ?

Comme dans le tome 1, j'ai adoré le contexte historique minutieux et vivant dressé par Connie Willis : on s'y croirait et je ressors (*oui, encore !*) avec une longue liste de lieux et de monuments que j'aimerais visiter. 

Cathédrale Saint-Paul pendant les bombardements de 1940

Cathédrale Saint-Paul, blitz

La Cathédrale Saint-Paul est plus que jamais au cœur de l'intrigue : le tableau du peintre préraphaélite William Hunt La Lumière du monde, le mausolée de Wellington (muré pendant le Blitz pour sa protection), la galerie des Murmures, l'escalier de Wren, les ruelles labyrinthiques autour du parvis, le travail des veilleurs du feu qui passaient leurs nuits à éteindre les incendiaires et à protéger la cathédrale ... Lors du bombardement ravageur de la City, le 29 décembre 1940, « le dôme était censé avoir flotté tel un phare au-dessus de la fumée et des flammes » (p.388).

La lumière du monde (Hunt)

Saint-Paul est également le symbole de la résistance des londoniens. Connie Willis rend hommage aux héros 'de l'arrière', aux combattants civils de la guerre, auxquels elle dédicace son roman :

« ambulanciers, pompiers, préposés à la Défense passive, infirmières, cantinières, guetteurs d'avion, secouristes, mathématiciens, pasteurs, bedeaux, vendeuses, danseuses de revue, bibliothécaires, débutantes, vieilles filles, pêcheurs, marins retraités, domestiques, évacués, acteurs shakespeariens et auteurs de romans à énigmes … qui ont gagné la guerre »

Connie Willis introduit également de nouveaux décors à son intrigue. L’hôpital Saint Bartholomew dit Barts qui est le plus vieil hôpital de Londres puisqu'il a été fondé en 1123. C'est aussi l'hôpital d'où Sherlock se 'suicide' !

Hopital Saint Batholomew

Une partie de son intrigue se déroule en 1995, au musée impérial de la Guerre dont l'une des annexes est le Cabinet War Rooms « situé dans le quartier de Whitehall, non loin du 10 Downing St, dans le sous-sols d'un ministère. On y trouvait la salle des cartes, celle utilisée pour les réunions des décideurs britanniques, la chambre où Churchill dormait quand il ne pouvait rentrer au 10 Downing St, et le téléphone transatlantique qui permettait à Churchill de s'entretenir avec le président américain en utilisant une ligne sécurisée » (p.938).

All Clear possède les mêmes qualités et défauts que Black-Out, le premier tome de la série : narration répétitive (courses frénétiques et désespérées des personnages à travers Londres à feu et à sang), interrogations redondantes sur le dérèglement du voyage temporel et début qui traîne en longueur (environ sur 400 pages). Polly est moralisatrice, Eileen est infantilisée, Mike est poil agaçant … Pour autant, j'ai trouvé l'évolution de ces personnages intéressante (surtout celle de Eileen) et la fin très émouvante.

J'ai à nouveau adoré la reconstitution historique de Londres pendant la guerre (les scènes de liesse du VE Day !). Pareillement, j'ai aimé que l'auteure se focalise sur la vie des civils en temps de guerre (et non celles des soldats ou des décideurs politiques). Je me suis amusée d'apprendre que, manquant de cryptanalyses à Bletchley Park, les britanniques avaient recruté parmi les « mathématiciens, les égyptologues, les joueurs d'échec, les cruciverbistes » (p.236).

Enfin, je redoutais que le dénouement des différentes lignes temporelles soit télescopé ou tarabiscoté … il n'en est rien. Le problème des altérations causées par le voyage dans le temps est bien mené et résolu. Pour conclure, malgré ses défauts, j'ai adoré ma lecture et je compte bien découvrir les autres romans de Connie Willis.

 Lu dans le cadre du MOIS ANGLAIS de Lou et Cryssilda.

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