La terre des mensongesLa terre des mensonges de Anne B. Ragde

Traduit du norvégien (Berlinerpoplene)

Éditions 10/18 (Domaine étranger) / 2012 / 350 pages / 8,40 euros

Norvège, Trondheim, quelques jours avant Noël. Les 3 frères Neshov se retrouvent au chevet de leur mère mourante, après des années d'absence. On comprend rapidement qu'il s'agit d'une famille dysfonctionnelle et d'une mère tyrannique qui cache un secret lesquels ont bousillés les trois garçons.

C'est la psychologie de cette famille et ses interactions après tant d'années d'éloignement qui intéressent Anne B. Radge. Elle décrit ses personnages avec précision et affection, ce qui permet au lecteur d'éprouver une immense empathie envers ces adultes brisés

L’aîné, Tor, est resté dans la ferme familiale délabrée et hantée par les rancœurs du passé. Éleveur de cochons, soumis à sa mère, il n'a pas élevé sa fille, Torum maintenant adulte. Margido, est un homme solitaire, timide, chrétien fervent et employé de pompes funèbres consciencieux qui vient de gérer le suicide brutal d'un ado. Erland, le cadet, vit en exil à Copenhague depuis 20 ans, depuis que son homosexualité a été rejetée par sa famille. C'est un homme exubérant, qui cache sa vulnérabilité derrière un appétit de vivre insatiable mais autodestructeur. Son compagnon, Krumme, ne sait rien de son enfance. Leurs trois destinées d'adultes basculent à la suite d'un appel téléphonique qui fait revivre le passé.

Étrangement, alors qu'ils sont réunis pour un enterrement, c'est une renaissance qui apparaît entre les lignes. Symboliquement d'abord, c'est la ferme familiale qui reprend vie après un long abandon. Ensuite, c'est la fratrie (avec l'apparition inattendue d'une nièce médiatrice) qui, bien qu'aux antipodes les uns des autres, semble se ressouder. Malheureusement, la révélation finale (que j'avais devinée) remet ce fragile équilibre, cette trêve festive, en cause.

La Terre des mensonges est le premier tome d'une trilogie (suivie de La Ferme des Neshov et L'Héritage impossible). Malgré le contexte polaire et potentiellement enchanté/féerique (*ça c'est un de mes préjugés idiots dès que je lis de la littérature scandinave !*), c'est une chronique familiale ultra réaliste et dépouillée.

J'ai rarement lu ce genre si particulier de texte et même si j'ai adoré les personnages et que j'ai dévoré ce premier tome, j'ignore encore si je serais tentée par la suite …