mari et femme

Mari et femme de Wilkie Collins

Traduit de l’anglais (Man and Wife)

Première publication (feuilleton) en 1870

Le Masque (Labyrinthe) / 2003 / 756 pages

Anne Silvester est une orpheline recueille et élevée par la mère de Blanche, qu’elle aime comme une sœur. Bien que vertueuse et raisonnable, Anne est séduite par Geoffrey Delamayn, un athlète arrogant. Geoffrey refuse d’épouser Anne par crainte du testament familial et dans l’espoir d’épouser une riche veuve. Aidé par l'iniquité des lois écossaises sur le mariage, il élabore une monstrueuse machination pour se débarrasser d’Anne, sans se soucier de son déshonneur ni de causer le malheur de ses proches. De tromperies en mensonges, la situation d’Anne s'aggrave malgré les efforts de Blanche et de son vénérable oncle, Sir Patrick Lundie. Surtout qu’une criminelle, Hester Dethridge, entre en jeu.

Mari et femme est un roman imposant qui se lit très facilement. Si la narration, strictement chronologique, se révèle un peu plate et décevante, ce défaut est à imputer à sa publication originelle sous forme de feuilleton. Néanmoins, la plume acérée et engagée de William Wilkie Collins fait rapidement oublier ce détail ainsi que l’ambiance des romans gothiques de Ann Radcliffe qu’on y retrouve.

A travers les personnages d’Anne Silvester et d’Hester Dethridge, Wilkie Collins dénonce la condition de femme mariée au XIXème siècle, en Angleterre où les hommes ont le droit de disposer de l’argent et du corps de leur épouse en toute impunité : « Cela se faisait dans l’intérêt de la morale ; dans l’intérêt de la vertu ; cela se produisait dans un siècle de progrès et sous les lois du gouvernement le plus parfait qui soit » (p. 612).

Il dénonce plus particulièrement les incroyables et révoltantes lois écossaises et irlandaises sur le mariage. (*grâce à ce roman, j’ai compris pourquoi les personnages victoriens s’enfuient toujours en Ecosse pour se marier secrètement*).

« Le consentement fait le mariage. Ni formalités ou cérémonies religieuses, ni avis préalable, ni publication subséquente, ni cohabitation, ni acte écrit, ni témoins même ne sont essentiels à la constitution du contrat. (…) Le seul contact que nous n’ayons entouré d’aucune précautions est celui qui unit un homme et une femme pour la vie. (…) Quant aux mariages des hommes et des femmes, le simple échange de consentement les rend époux légitimes et n’a pas même besoin d’être prouvé formellement ; il peut l’être par déduction. On peut être tenu pour marié en Ecosse sans s’en douter ou à peu près » (p.262-263)

Dans Mari et femme, Wilkie Collins illustre également les dangers de ce qu’il nomme « la culture des muscles », c’est-à-dire l’engouement des jeunes anglais pour la compétition sportive de haut niveau (aviron, course, athlétisme …) très en vogue dans la seconde moitié du XIXème siècle et sujet de paris inépuisable. Selon l’écrivain, cette pratique sportive se fait au détriment de la santé, de la culture et pousserait même ces hommes au crime … J’ai trouvé cette hypothèse inédite et amusante.

Vous l’aurez compris, Mari et femme est davantage un « coup de gueule » de la part de Wilkie Collins pour une législation qu’il trouve scandaleuse qu’une fiction policière comme Armadale ou La Pierre de lune. Du coup, les personnages y sont peut-être moins travaillés (difficile de comprendre comment la pondérée Anne a pu succomber à l’ombrageux et dangereux Geoffrey par exemple). Néanmoins, c’est un roman passionnant pour ce qu’il nous apprend de la société victorienne et la forme feuilletonnesque fait qu’on souhaite toujours connaître la suite …