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La Servante écarlate de Margaret Atwood

Traduit de l’anglais (Canada) : The Handmaid’s Tale

Robert Laffont (Pavillons Poche) / 2015 / 521 pages / 11,50 euros

Dans un futur proche, l’Amérique est devenue une dictature puritaine où les femmes sont assignées à la reproduction ou au service des hommes. Au péril de sa vie, ‘’Defred’’ livre son témoignage où alternent idées suicidaires, sidération et souvenirs douloureux de « l’avant » lorsqu’elle était encore une femme libre. ‘’Defred’’ est une servante écarlate, sorte de fantôme vêtue de robe rouge et d’une cornette blanche, attribuée à un ‘’Commandant’’ et son épouse stériles, afin de produire leur héritier.

A travers les souvenirs de ‘’Defred’’, on découvre comment cette organisation inégalitaire et violente s’est installée. En effet, ‘’Defred’’ et les autres femmes qu’elle évoque (sa mère ex soixante-huitarde et sa meilleure amie Moira, jeune lesbienne militante) ont vécu le changement de régime. Margaret Atwood provoque un questionnement lancinant de la part de ses lecteurs : « serais-ce possible ? », « comment et pourquoi ces femmes se sont-elles laissées faire ? ».

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J’ai trouvé cette dystopie, publiée en 1985, incroyablement moderne, glaçante et efficacement dépouillée de toutes fioritures anecdotiques. La postface de Margaret Atwood est aussi passionnante que ce roman devenu culte. En voici quelques lignes éclairantes qui expliquent son projet d’écriture : « Je m’étais fixé une règle : je n’inclurais rien que l’humanité n’ait pas déjà fait ailleurs ou à une autre époque, ou pour lequel la technologie n’existerait pas déjà. Je ne voulais pas me voir accusée de sombres inventions tordues, ou d'exagérer l’aptitude humaine à se comporter de façon déplorable. Les pendaisons en groupe, les victimes déchiquetées par la foule, les tenues propres à chaque caste et à chaque classe, les enfants volés par des régimes et remis à des officiels de haut rang, l’interdiction de l’apprentissage de la lecture, le déni du droit à la propriété : tout cela a des précédents, et une bonne partie se rencontre non pas dans d’autres cultures ou religions, mais dans la société occidentale, et au sein même de la tradition chrétienne » (p.519)

J’ignore si je peux prétendre avoir ‘’aimé’’ ce roman mais il m’a indéniablement forcée à réfléchir sur notre société et restera une expérience de lecture assez intense. Je tenais à le lire avant de découvrir la série qui s'annonce esthétiquement somptueuse. Maintenant que c’est chose faite, vous devinez donc ce qui m’attend à présent ...

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