La nostalgie de l'ange de Alice Sebold

Éditions J'ai Lu, 2009, 347 pages, 7 euros

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États-Unis, années 70.

La jeune Susie Salmon habite avec sa famille dans un quartier résidentiel modèle : les enfants (Susie, sa cadette Lindsay et le petit Buckley) fréquentent des écoles principalement blanches, s'amusent dans les champs de maïs, la mère (diplômée en littérature) s'occupe de la maison tandis que le papa est fonctionnaire. Tout le monde connait son voisin et fait confiance à son prochain …

Pourtant, un soir de décembre, peu avant Noël, Susie est sauvagement violée et assassinée. Le récit débute par cette scène horrifique (d'autant plus horrible lors que l'on sait qu'Alice Sebold s'inspire de l'agression dont elle a elle-même été victime dans sa jeunesse …)

Or, plutôt que de monter directement au ciel, Susie se retrouve dans une sorte d'« Entre Deux » d'où elle peut observer la Terre. C'est donc la jeune fille morte, narratrice omnisciente, qui raconte l'histoire.

En effet, de là-haut, elle surveille ses proches qui font face (de différentes manières) à sa disparition, ses amis du collège, l'enquêteur chargé d'élucider sa mort et surtout, Mr Harvey son assassin dont on découvre rapidement qu'il s'agit d'un tueur en série extrêmement dangereux mais que personne (hormis le père de Susie) ne soupçonne.

Susie observe sur presque 10 ans les conséquences de sa mort : le ton n'est pas à la haine mais bien à la nostalgie … Susie voit ainsi son père se refermer sur lui-même et sa rage envers l'homme qu'il soupçonne, sa mère chercher l'oubli dans les bras de Len, l'enquêteur un peu mou et s'interroger sur son statut de mère et d'épouse, sa grand mère Lynn fofolle et alcoolique prendre subitement le sens des responsabilités …

Bref, loin d'être une histoire racoleuse et larmoyante, La Nostalgie de l'Ange est traversée par la grâce de ses personnages : ils sont tous attachants et je n'avais de cesse de savoir comment ils allaient évoluer !

La jeune sœur de Lindsay est particulièrement intéressante : si Susie apparaît d'abord comme une enfant timide et craintive (ce qui la pousse à suivre Mr Harvey sans oser s'enfuir alors qu'elle sent qu'il lui veut du mal), Lindsay devient progressivement (et avant l'heure) une femme forte, sportive, têtue, intelligente et amoureuse. Tout ce que Susie aurait aimé être …

J'ai également apprécié les deux amis de Susie, Ray et Ruth qui chacun dans leur différences (Ray est indien et Ruth une poète médium bisexuelle) apportent leur lot de surprises tout au long du récit.

Une histoire loin des clichés du genre, sans aucune considération religieuse qui plomberait le récit (le ciel de Susie est totalement dépourvu de dieu) et avec un petit côté années 70 désuet qui fait souvent sourire.

Certes, la fin est un peu décevante car elle tombe dans le Grand Guignol et une certaine mièvrerie mais je classerai quand-même ce livre dans mes coups de cœur 2010.