1q84-livre-1

1Q84 (livre 1) de Haruki Murakami

10/18 (2012) / 549 pages / 9,60 euros

J'avais un tenace préjugé contre l'œuvre de Murakami. Je pensais qu'il s'agissait de romans contemplatifs (et disons le honnêtement, un peu chiants !). C'est seulement en lisant la 4ème de couv' de 1Q84 qui mentionne un roman d'anticipation que j'ai décidé de sauter le pas. Et je n'ai pas été déçue !

TOKYO, 1984. Aomamé (littéralement « haricot de soja » !) est indépendante, dominatrice avec les hommes et exerce le métier de coach sportif. Tengo est plus doux, très réservé. Il est prof de maths et apprenti romancier. Un jour, il accepte de réécrire le manuscrit d'une jeune fille de 17 ans, Fukaéri (ignorant dans quelle aventure étrange il s'engage). Si ce n'est une enfance traumatisante et leurs solitudes, a priori rien ne relie Aomamé et Tengo qui ne se rencontrent même pas de tout le livre. Le lecteur passe donc la première partie de 1Q84 à guetter les indices (puisque ça ne fait aucun doute que leurs histoires soient liées) … et découvre rapidement qu'Aomamé et Tengo ont été proches dans l'enfance.

* des SPOILERS se glissent dans mon billet. Mais comme je dois être une des dernières lectrices à découvrir cette trilogie, je crois que c'est plutôt moi qui risque d'être spoilée *

1Q84 est une histoire très dense, avec beaucoup de personnages secondaires intéressants et attachants (notamment les femmes comme Fukaéri ou Ayumi la policière …). Les vies de Aomamé et Tengo sont suffisamment exotiques et énigmatiques pour faire un page-turner efficace. Mais 1Q84 c'est également une intrusion progressive (et parcimonieuse) d'éléments paranormaux. J'ai trouvé ça malin, surtout la manière rationnelle dont Aomamé fait face : « 1Q84 – voilà comment je vais appeler ce nouveau monde, décida Aomamé. Q, c'est la lettre initiale du mot Question. Le signe de quelque chose qui est chargé d'interrogations […] L'année 1984 que je connaissais n'existe plus nulle part. Je suis maintenant en 1Q84 […] Pour survivre et assurer ma sauvegarde, je dois en comprendre au plus tôt les règles et m'y adapter » (page 205)

Bref ! J'ai adoré me poser des questions, échafauder diverses théories. Par exemple :

* J'ai d'abord songé à une histoire de manipulation de masse de certaines informations politiques par le NHK qui est (je me suis renseignée !) un média important au Japon et très présent (dû moins au début) dans les 2 récits. D'ailleurs, il est énormément question de manipulation mentale et de secte dans 1Q84

* J'ai également soupçonné une histoire dans l'histoire (confirmée par les dernières lignes du tome 1 ?) : Tengo écrit un roman dans lequel il raconterait la vie d'Aomamé en s'inspirant d'une fillette qu'il a réellement connu dans son enfance … Dans ce cas, c'est quand même hyper narcissique de sa part de rendre cette fillette devenue adulte (Aomamé) encore éprise d'un petit garçon (lui) après 20 ans ! Mais soit, pourquoi pas … d'autant plus que le monde de l'édition et le pouvoir des mots sont des thèmes particulièrement développés dans 1Q84. En tout cas, malgré les intrusions dans le fantastique, je m'attends à un dénouement plutôt cartésien.

* (petite remarque qui ne sert à rien) : Pour le moment, les « Little People » ne sont absolument pas effrayants. Ils évoquent pour moi l'univers de l'enfance et à chaque fois, je pense aux Polly Pocket ou à My Little Pony

Pour finir, j'ai gouté l'ambiance particulière du roman (que je suppose en partie liée à l'origine japonaise de l'auteur) : une manière franche d'aborder la sexualité et un petit côté 'retro désuet' rafraichissant puisque le récit se déroule dans les années 80 (on parle de K7 audio, de Mac Luhan !).