la fortune de richard wallace

La Fortune de Richard Wallace de Lydie Perreau

Le livre de poche (2011) / 532 pages / 7,50 euros

La Fortune de Richard Wallace est l'histoire d'une famille (les Seymour-Conway), d'une collection d'art, d'un héritage controversé et d'un musée londonien, La « Wallace Collection ».

L'auteur, elle-même issue d'une branche de cette illustre famille d'aristocrates anglais, s'attache plus particulièrement à raconter le destin hors-norme de Richard Wallace (1818-1890), le fils naturel présumé de Richard Seymour-Conway dit Lord Hertford (1800-1870). Âgé de 6-7 ans, le petit Richard est recueilli par sa grand-mère (présumée) Marie Fagnani et élevée par celle-ci bien qu'il semble être le fils d'une simple prostituée parisienne. Plusieurs décennies plus tard, c'est ce même Richard Wallace qui héritera de l'intégralité de la fortune et des collections de la famille, faute d'un héritier masculin.

Richard Wallace : descendant légitime de la famille Hertford ou usurpateur ?

Bien qu'il s'agisse d'un récit de vie romancé, Lydie Perreau a rassemblé une énorme documentation (qu'elle explique minutieusement en fin de livre) et n'hésite pas à prendre parti : pour elle, Richard Wallace est un usurpateur qui fut exploité par la famille Hertford (il fut successivement enfant de compagnie, garde-malade et secrétaire de différents membres de la famille) et qui guette secrètement le moment de prendre sa revanche.

Wallace collection, Londres

La Wallace Collection de Londres (exposée dans la demeure historique de la famille, Hertford House, dans Manchester Square) porte le nom de celui qui en fit don à l’État anglais mais pas de celui qui l'a constituée (qui est Richard Seymour-Conway, le père putatif). Ayant découvert cette genèse, j'adorerai avoir l'occasion de visiter ce musée !

Un portrait de la haute société française du XIXe siècle, entre anglomanie et douceur de vivre parisienne.

En 1802, la famille Seymour-Conway émigre à Paris, boulevard des Italiens et y restera presque tout le siècle. Des fenêtres de leurs hôtels particuliers, c'est un tout un mode de vie qui défile devant les yeux du lecteur ainsi qu'une rétrospective des modes vestimentaires (c'est ce que j'ai le plus apprécié !).

Café_Tortoni,_Eugene_von_Guerard_1856

Boulevard des Italiens, E. Morin, 1860.

François_Courboin_-_La_terrasse_de_Tortoni, 1847

Le choix de la France n'est évidement pas anodin pour une famille d'aristocrates qui multiplie les « scandales » (mariages secrets, enfants illégitimes …) puisque la France apparaît moins fermée que l'Angleterre à la même époque, plus vivante, la jeunesse (même illégitime ou bohème) ou la bourgeoise y sont reçus dans les salons cossus de l'aristocratie. L'argent également y ouvre davantage les portes qu'en Angleterre où les titres sont privilégiés.

Une histoire familiale qui se mêle à celle de Paris et ses environs.

Bien qu'ils soient proches de certains acteurs politiques, les événements révolutionnaires n'ont que peu de répercutions sur les Seymour-Conway ou leur immense fortune. Lire leur histoire ressemble à lire une histoire de l'architecture parisienne d'avant le Baron Hausmann : hôtels particuliers situés sur le boulevard des Italiens (entre rue Taitbout et rue Laffitte), pavillon de Bagatelle, champs de courses … (il semble que Henry Seymour-Conway introduise la pratique des courses hippiques en France).

Leur amour de la France s'exprime enfin par le monument funéraire du Père Lachaise dans lequel l'ensemble de la famille (Marie Fagnani et ses 3 enfants – Richard, Henry et Fanny - plus Richard Wallace et son épouse roturière Julie) est enterrée. Juste à côté, Lydie Perreau signale la concession de la famille Bréart (Louise Bréart étant la concubine de Richard Seymour-Conway pendant des décennies).

Père Lachaise, tombeau de Richard Wallacefontaine wallace

Enfin, c'est bien Richard Wallace âgé (devenu riche et philanthrope) qui dota Paris des fameuses fontaines en fonte dites « fontaines Wallace ».

Pour conclure, j'ai trouvé la narration un peu superficielle. La description factuelle des personnages ne permet pas véritablement d'approfondir leurs caractères et motivations ni de s'attacher à eux. J'ai plutôt eu l'impression d'un catalogue de personnages, de conquêtes féminines, d'amis (parfois historiquement connus) et d'achats prestigieux. C'est un roman agréable dans lequel j'ai appris plein de petites anecdotes historiques intéressantes sans pour autant me passionner ...