L'exposition coloniale, Erik Orsenna9782020875318

Points, 2006, 8 euros.

Difficile de résumer le roman d'une vie …

Tout commence par la naissance de Gabriel dans le Levallois (pas encore Perret mais très nauséabond) de la fin du XIXème siècle : Gabriel n'a pas de mère (comme d'autres n'ont pas de père : rien n'est jamais 'normal' chez les Orsenna !). En revanche, il a Louis : son géniteur certes, mais presque encore un enfant qui court après les femmes, les idées, les emplois … sans vraiment de succès. Il a également Madeleine, la grand-mère qui rêve d'Empire depuis que son ténébreux mexicain a disparu après sept jours de grand amour …

Adolescent, Gabriel tombe souvent amoureux : du philosophe Auguste Comte, du caoutchouc (du pneumatique) et surtout des deux sœurs Knight, Clara et Ann, rencontrées lors d'une traversée outre-manche épique. Malheureusement pour lui, Gabriel est le genre d'homme à aimer pour toute la vie …

Si Gabriel est toujours 'à la marge' des grands évènements politiques de son époque, l'auteur déroule devant nos yeux une peinture tendre et nostalgique de la première moitié du XXème siècle : naissance des courses cyclistes et automobiles, Exposition coloniale de 1931, guerres mondiales …

Mon avis :

J'ai beaucoup aimé cette histoire qui commence comme une farce : rien ne paraît jamais très sérieux dans la famille Orsenna / Knight. Pour preuve : les gens ne meurt pas, ils disparaissent simplement. (Mais est-ce moins dramatique ?). Néanmoins, à mesure que la Grande Histoire rattrape nos personnages, on rit plus souvent jaune : à ce titre, le passage sur la Deuxième Guerre Mondiale m'a beaucoup émue …

J'ai également beaucoup aimé la magnifique relation entre Gabriel et son père : à la fois tendre, attentionnée (la liste des maladies tropicales dressées par Louis pour empêcher le départ de Gabriel au Brésil est hilarante), drôle, distante …

Le personnage de Louis, cet homme passionné d'Empire et des colonies mais phobique des voyages qui trouve son bonheur dans les coulisses de l'Exposition Coloniale de 1931, est particulièrement attachant et emblématique du roman : si Gabriel parcourt le monde, c'est toujours un peu par hasard.

Pour prolonger le voyage : le beau site de l'auteur.

Sa biographie sur EVENE : ici

Le roman a obtenu le Prix Goncourt des Lycéens 1988