Bal de givre à New York de FABRICE COLIN

WIZ, Albin Michel / janvier 2011

13,50 euros

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Le récit commence par un fait assez anodin (du moins qui apparaît comme tel) : une jeune fille est heurtée par une limousine et se réveille au milieu de la chaussée, avec un mal de crâne carabiné et une perte de mémoire partielle.

Sonnée, elle refuse l'aide de la personne qui est à l'origine de l'accident et qui se révèle être Wynter Seth-Smith, l'héritier d'une famille à la tête d'une fortune colossale de New York.

Elle rentre donc chez elle à pied, se laissant guider par son instinct plus que par sa mémoire : elle sait qu'elle s'appelle Anna Claramond, que son père Cyrius Claramond, est l'architecte de génie qui a transformé New York (le New York grouillant, bruyant et embouteillé que l'on connait) en une ville à l'esthétique glacée de boule à neige : aérienne, faite de verrières, de ponts suspendus, d'armatures qui jouent avec la pluie, silencieuse et où il neige tout le temps.

La description du New York futuriste faite par Fabrice Colin est particulièrement soignée, poétique et contribue à plonger le lecteur (et son héroïne) dans une atmosphère éthérée mais étincelante : page 225, il utilise l'adjectif « coruscante » qui peut également sous entendre une référence à la Cité de Coruscant de Star Wars. coruscant


Bref, tout ce dont Anna se souvient, c'est que ses parents ont disparu mais elle ne sait ni pourquoi ni depuis quand … Elle parvient quand même à rentrer chez elle, dans un manoir victorien centenaire qui est l'exact opposé de la légèreté et de la transparence de la ville qu'elle vient de traverser. Là, un majordome manchot et télékinésiste prend soin d'elle et lui cuisine des repas dignes d'un grand restaurant gastronomique.

Malgré ses absences, Anna poursuit sa vie, va au lycée … dans une sorte d'indifférence étrange qu'elle ne cherche pas à dépasser. Jusqu'à ce que Wynter, le jeune homme de l'accident, l'invite au bal des Seth-Smith qui est LE bal mondain de New York. Anna s'y rend et tombe sous le charme du beau (et vénéneux) Wynter mais malheureusement, elle est victime d'une tentative d'enlèvement. On suppose que c'est l'œuvre du Masque, dont personne ne sait vraiment qui il est mais qui kidnappe régulièrement hommes, femmes, enfants … sans distinction.

Wynter, très épris d'Anna et inquiet à cause de l'attentat raté, lui propose de rester habiter dans la tour des Seth-Smith et ensuite, très rapidement, de l'épouser puisqu'ils sont fait « l'un pour l'autre ». A ce moment là du roman, on est en pleine romance avec des pointes de « Bit-Lit ». En effet, Wynter et son accueillante famille ne sont pas sans rappeler les Cullen de Fascination (Stephenie Meyer) : riches, puissants, beaux, sûrs d'eux … On soupçonne pourtant un piège destiné à attirer la très naïve Anna …

D'ailleurs, celle-ci commence à douter : elle devine que le Masque souhaitait la prévenir d'un danger, que les intentions de Wynter ne sont peut-être pas aussi pures qu'il le prétend … Difficile d'aller plus loin sans éventer l'intrigue (et ce serait dommage !) mais dès que Anna commence à s'interroger, l'atmosphère change, la ville se délite (on songe aux hommes caoutchouc du Château Ambulant de Miyazaki), l'angoisse gagne le lecteur et l'accompagne jusqu'à une fin époustouflante.

Un jeune lecteur s'y laissera certainement prendre avec plaisir mais l'adulte que je suis avait néanmoins relevé les indices laissés par Fabrice Colin (anagramme, grec, fil rouge du mal de crâne d'Anna) et presque restitué l'énigme …

Mais ce n'est véritablement pas grave car l'intérêt du roman réside (selon moi) dans cette atmosphère étrange probablement due au mélange des genres : romance (le bal, la robe d'Anna, la couverture et la parution chez WIZ d'Albin Michel) étonnante sous la plume de Fabrice Colin, SF … qui laisse le lecteur dans l'incertitude et l'envie de poursuivre sa lecteurs jusqu'aux dernières pages.