CHARIVARI de NANCY MITFORD1150185-gf

(première parution : 1935)

Christian Bourgeois Editeur / janvier 2011

260 pages / 18 euros

 

Derrière une comédie d'apparence légère, NANCY MITFORD dresse un portrait extrêmement critique de l'aristocratie anglaise des années 30. Elle se moque allégrement de ce milieu (auquel elle appartient) : relâchement des mœurs avec le divorce qui devient 'à la mode', jeunes gens fortunés mais désœuvrés qui adoptent aveuglément la doctrine fasciste, vieille génération figée dans un passé sclérosé … Tout y passe dans ce marivaudage amoureux loufoque qui tranche avec l'habituelle bienséante bonne société décrite dans les romans anglais. Celui-ci, n'a d'ailleurs jamais été réédité depuis 1935, à la demande de l'auteur puisque NANCY MITFORD s'était brouillée avec ses sœurs, DIANA & UNITY dont elles s'était largement inspirée et qui avaient moyennement apprécié d'être tournées en ridicule.

Si ces noms, NANCY, DIANA & UNITY MITFORD ne vous sont pas inconnus, c'est que vous avez probablement lu Ces extravagantes sœurs MITFORD : Une famille dans la tourmente de l'histoire (Annick Le Floc'hmoan / Fayard / 2002), livre qui raconte le destin hors norme (et véritable) de 5 sœurs de l'upper class britannique au tournant de la Seconde Guerre mondiale. Bien qu'élevées dans la même famille, 2 se tournent vers le fascisme, une vers le communisme, l'autre devient journaliste aux Etats Unis où elle défend les droits des minorités … Une pépite à découvrir !

L'Histoire de CHARIVARI ?

Jasper Aspect & Noël Foster, jeunes aristos sans le sou, s'installent à Chalford, petite ville de la campagne anglaise, dans l'espoir de mettre le grappin sur la riche héritière du coin, Eugénia Malmeins, originale notoire et éprise d'idées fascistes. Or, arrivent bientôt dans leur auberge, deux dames du monde incognito : Poppy St. Julien & Lady Marjorie qui fuit des fiançailles sans amour. Jasper, jeune intriguant à la morale élastique tombe sous le charme de Poppy, déjà mariée. Arrivera-t-il à l'épouser ? Quant à Noël, naïf et maladroit, il se passionne pour la Beauté Locale, Mrs Lace, intellectuelle frigide antithèse d'une Emma Bovary …

Le lecteur s'amuse de cette micro-société complètement allumée, l'auteur arrive à nous faire rire (malgré un thème : la montée du fascisme en Angleterre, l'embrigadement des masses qui rétrospectivement fait froid dans le dos) et accumule les bons mots savoureux. Un exemple :

« - Oh, tu n'y es pas du tout, dit Noël avec un sourire supérieur, on pourrait plutôt la qualifier d'exotique. Très pâle et d'aspect délicat, avec une qualité rare que l'on trouve rarement à notre génération. Une Dame aux Camlias, si tu veux.

- Elle est tuberculeuse ? Demanda Jasper. Tu ferais mieux d'être prudent, mon vieux » (page 67)