SH1Une étude en rouge de Arthur Conan Doyle

Titre original : A Study in scarlett (1ère parution : 1887)

Librio / 125 pages / 2 euros

Une étude en rouge est le premier des quatre romans qui composent le 'canon' des aventures de Sherlock Holmes. Lu dans le cadre du Challenge organisé par Filipa.

logowatson J'avais déjà lu cette enquête il y a de nombreuses années mais j'avoue que c'est mon intérêt pour la série britannique Sherlock qui m'a poussée à une relecture. Grand bien m'en a pris !

Une étude en rouge est une enquête classique mais passionnante (véritable page turner avant l'heure) qui mêle meurtres mystérieux (avec causes de la mort indéterminée), fausses pistes et surtout une sordide et atroce histoire de vengeance. POINT. JE NE VEUX SPOILER PERSONNE (ni alimenter une hypothétique fiche de lecture d'un élève !). Sachez seulement (bizarrerie narrative de la part d'Arthur Conan Doyle) qu'au milieu de l'enquête menée (tambour battant) par Sherlock Holmes à Londres, un second récit s'intercale. Ce second récit, qui se déroule 20 ans auparavant, raconte l'histoire de pionniers américains dont la route croise celle d'une caravane de mormons … On retrouve ici l'intérêt d'Arthur Conan Doyle pour la société américaine et ses organisations 'exotiques' (criminelles !) que j'avais déjà noté dans Les Cinq pépins d'orange.

Une étude en rouge est surtout irremplaçable parce qu'elle élabore les origines de la mythologie holmésienne : la rencontre entre Sherlock Holmes et John Watson, l'explication de leur colocation au 221b Baker Street, la science de la déduction, la collaboration avec Scoltand Yard et l'inspecteur Lestrade (« un petit bonhomme blême, à la figue de rat et aux yeux sombres » page 19) … C'est vraiment un délice de retourner aux sources des enquêtes du célèbre détective. Et force est de constater que l'humour (très british) était déjà présent sous la plume de Arthur Conan Doyle !

Par ailleurs, j'ai été très (positivement) surprise de voir combien la série Sherlock est fidèle à l'esprit du roman. Steven Moffat et Mark Gatiss ont décidément réalisé une adaptation édifiante. Arthur Conan Doyle imagine son Sherlock Holmes « presque [comme] un être de sang froid » (page 10), surdoué et autodidacte (il ne semble avoir suivi aucunes études particulièrement).

« - Vous ne connaissez pas encore Sherlock Holmes. Peut-être ne l'aimerez-vous pas comme compagnon ordinaire.

- Et qu'a-t-il contre lui ?

- Oh ! Je ne dis pas qu'il ait quelque chose chose contre lui. Il est un peu bizarre dans ses idées. Il est fanatique de quelques branches de la science. Autant que je sache, c'est un garçon convenable » (page 9)

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« - Il n'est pas facile d'exprimer l'inexprimable, dit-il en riant. Holmes est, à mon goût, un homme trop scientifique, c'est presque un être de sang froid. Je l'imagine très bien administrant à un ami une petite pincée de tout dernier alcaloïde végétal, non par méchanceté mais par esprit de curiosité, afin d'avoir une idée exacte de ses effets. Pour lui rendre justice, je crois qu'il la prendrait lui-même avec un empressement identique » (page 10)

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Dans la série, j'ai beaucoup aimé que les scénaristes gardent les mêmes caractéristiques du personnage de Sherlock Holmes (esprit brillant, analyse des détails et manque d'empathie) en lesSH2 attribuant à une forme du syndrome d'Asperger (une sorte d'autisme) dont Sherlock souffrirait.

De même, le personnage de John Watson est (étonnement !) similaire à celui d'Arthur Conan Doyle : soldat-médecin blessé pendant une guerre coloniale en Afghanistan (déjà !). Au moment où il rencontre Sherlock Holmes, c'est un être solitaire, un homme qui a beaucoup souffert, perdu dans un Londres tentaculaire, complètement désillusionné et dont le manque de moyens l'incite à rechercher un loyer à partager. Les détails sur cette colocation qui se met en place sont savoureux. Voici un passage qui m'a beaucoup fait sourire (c'est John Watson qui raconte sa première rencontre avec Sherlock Holmes) : « Sherlock Holmes parut enchanté à l'idée de partager un appartement avec moi.

- J'ai en vue, dit-il, un appartement dans Baker Street. Il nous conviendrait absolument. Vous n'avez pas d'objection à l'odeur du tabac fort, j'espère ?

- Je fume moi-même quelque chose de très fort.

- ça va ! Je m'occupe souvent de chimie et je fais parfois des expériences. Cela vous ennuierait-il ?

- Nullement.

- Voyons ! Quels autres défauts à mon actif ? Quelquefois, je broie du noir et je reste des jours sans ouvrir la bouche. Quand il en sera ainsi, il ne faudra pas croire que je boude. Laissez-moi tranquille et je redeviendrai bientôt sociable. Et vous, qu'avez-vous à avouer ? Avant de commencer à vivre ensemble, il vaut mieux que deux hommes sachent ce qu'il y a de pire en chacun d'eux.

Ce examen me faisait rien.

- J'ai un petit bouledogue, dis-je. Je n'aime pas le tapage parce que mes nerfs sont ébranlés, je me lève à toutes sortes d'heures impossibles et je suis très paresseux. J'ai une autre série de vices quand je me porte bien, mais ce sont les principaux pour le moment.

- Dans le mot tapage, comprenez-vous le fait de jouer du violon ?

- Cela dépend du joueur. Un air de violon bien joué est un régal pour les dieux; mal joué c'est un …

- Oh ! Ça va ! S'écria-t-il avec un rire joyeux. Je crois que nous pouvons considérer la chose arrangée. » (page 13)

En une page, tout est dit, tout y sous-entendu : la passion de Sherlock Holmes pour les expériences scientifiques (souvent dangereuses), pour le tabac (à ce stade, Watson ne connait pas encore les autres addictions de son compagon !), pour le violon. L'absence de (fausse) modestie de Sherlock Holmes, le regard amusé de Watson … La rencontre et l'entente entre deux solitudes … Bref, à lire autant pour découvrir Sherlock & Watson que pour suivre l'enquête.