Le-prix-de-l-heresie

Le Prix de l'hérésie de S.J.Parris

Traduit de l'anglais (Heresy)

10/18 (Grands Détectives) / 573 pages / 9,10 euros

1576, Naples. Le frère dominicain Giordano Bruno de Nolo fuit son monastère parce qu'il risque d'être condamné par l'Inquisition pour ses lectures de Copernic et d'Erasme, auteurs censurés par l’Église. Après une fuite épique et des années d'errance en Europe, au début du roman, Bruno est recruté par Francis Walsingham, espion en chef d'Elizabeth Iere, pour « dénicher les secrets des catholiques de la ville [d'Oxford] » (p.56). En effet, théologien reconnu, Bruno est attendu dans le prestigieux collège d'Oxford pour affronter publiquement un autre savant. Malheureusement, l'accueil de la communauté universitaire est plutôt glacial et des meurtres – inspirés des premiers martyrs chrétiens – s’enchaînent …

Divinity_School,_Oxford_(interior)

J'ai beaucoup aimé cette enquête historique sur fond de fanatisme religieux, de complot politique visant à renverser la protestante Elizabeth Iere au profit de la catholique Marie Stuart et de vie universitaire médiévale. J'ai souvent tendance à oublier que le 16ème siècle fut également un siècle de guerres de religion en Angleterre (et pas uniquement en France). Or, ce roman nous rappelle combien celles-ci (et l'Inquisition) furent cruelles (supplices des hérétiques, bûchers, espionnage et délation …) que l'auteure n'édulcore pas.

J'ai aussi beaucoup aimé le personnage principal (qui s'exprime à la première personne). C'est un moine excommunié à cause de ses idées sur le système solaire et sa dénonciation de l'obscurantisme moyenâgeux de l’Église, un peu dépassé par les événements, curieux, amoureux du savoir et de la beauté. Giordano Bruno est un philosophe italien qui a réellement existé (comme de nombreux personnages du roman) qui permet à l'auteure de développer des thèmes intéressants : comment vivre sa foi dans une Église autoritaire, comment y exercer sa liberté d'expression … ?

Giordano_Bruno, d'après une gravure du XIXème siècle

« Ainsi appris-je qu'en Italie les mots et les idées étaient aussi dangereux que les épées et les flèches, et qu'un philosophe ou un savant, pour s'exprimer librement, avait besoin d'autant de courage qu'un soldat » (p.19)  

Dans l'ensemble, l'intrigue policière tient la route même si certains passages du dénouement sont un peu faiblards. Pour autant, le contexte historique passionnant, la personnalité de Bruno et l'envie de retrouver certains personnages secondaires (Sidney, Sophia) me feront conseiller ce roman à tous et me donnent indéniablement envie de lire les autres tomes de cette série.