la_symphonie_pastoralleLa Symphonie Pastorale de André Gide

première parution : 1919

Pour la petite histoire, j'ai eu envie de lire André Gide après avoir découvert la réaction ambivalente qu'on lui prête lorsqu'il croisa Oscar Wilde, en exil à Paris, après sa sortie de prison : Wilde considéra que Gide lui tourna lâchement le dos (comme tant d'autres craignant que le scandale ne les salisse) tandis que Gide argua qu'il souhaitait ne pas embarrasser Wilde … Bref ! J'ignorai même que ces 2 romanciers se connaissaient …

La Symphonie Pastorale est une histoire étrange, un journal intime tour à tour évanescent et pragmatique, le récit intimiste d'un pasteur teinté de passion et d'immoralité … J'ignore si j'ai apprécié, j'ai surtout l'impression qu'il me manque des clés pour comprendre vraiment cette œuvre, bourrée de références bibliques.

Vers 1890, un pasteur d'un village reculé des Alpes, raconte la rencontre qui bouleversa sa vie : un soir de tempête de neige, il recueille une jeune orpheline. Elle est aveugle et n'a jamais appris à parler. Si Gide cite l'exemple véridique de Laura Bridgman et l'exemple littéraire du Grillon du foyer de Dickens, cette orpheline évoque surtout l'Enfant Sauvage de François Truffaut (film de 1970). Gertrude (c'est ainsi qu'il la nomme) semble d'abord attardée et inexpressive, totalement ignorante des enseignements de Dieu, proche de l'état primaire. Progressivement, le pasteur (conformément à sa vocation) « l'éveille » et lui apprend à parler et à lire. Cette liberté accouchera d'un amour douloureux et tragique.

Gide cite plusieurs fois la parabole de la brebis égarée (Gertrude donc) et (sous la plume du pasteur) développe des idées empruntes de religiosité (qui m'ont parfois semblé assez naïves, je l'avoue !). Le trouble apparait à mesure que l'on comprend que la limite entre loi évangélique et loi de l'amour se confondent pour le pasteur. Volontairement, il cache des choses à Gertrude, ne lui apprend pas les notions de Mal, de péché, de faute … (afin qu'elle reste dans l'innocente pureté de sa cécité), il l'incite à repousser l'amour de Jacques … Plutôt qu'une histoire d'amour tragique, j'ai eu l'impression d'une manipulation égoïste d'un homme mûr sur un jeune esprit sous influence. Encore une fois, la limite est floue entre amour et reconnaissance (pour Gertrude) et amour et bienveillance (le pasteur). Le triangle amoureux qui tient le devant de la scène (le pasteur, sa femme Amélie et Gertrude) est complexe, douloureux, dérangeant.

Avec La Symphonie Pastorale, Gide signe un récit probablement scandaleux pour l'époque (on est en 1919), influencé par son étude des philosophes (j'ai reconnu Rousseau, il y en a sûrement d'autres) et qui expose l'antagonisme entre morale religieuse et sentiments amoureux.

Il s'agira probablement de ma dernière participation au Challenge de Cécile, UN CLASSIQUE PAR MOIS.

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