menteuse-larbalestierMENTEUSE de Justine Larbalestier

Traduit de l'américain (Liar)

Gallimard Jeunesse (Pôle fiction fantastique)

2011 / 389 pages / 6,60 euros

Menteuse est un sacré bon roman comme il en existe peu en littérature jeunesse. Il peut plaire ou déplaire mais ne laisse pas indifférent. Personnellement, j'ai été assez troublée. C'est un roman qui cache son jeu (à l'image de sa couverture apparemment anodine mais qui révèle ses secrets si on y regarde à 2 fois !) : sous l'apparence de la confession d'une adolescente mythomane, Justine Larbalestier plonge ses lecteurs dans un roman fantastique (au sens de paranormal) porté par une héroïne d'une ambiguïté affolante.

Menteuse c'est l'histoire de Micah, une adolescente new-yorkaise qui vient de vivre un drame personnel : Zack, dont elle était secrètement la petite amie 'd'appoint', vient d'être assassiné. Le deuil n'est pas facile dans le lycée aisé, progressiste et multiracial que Micah fréquente, les psychologues encouragent les adolescents à s'épancher, les rumeurs et les conjectures sur l'identité de l'assassin pleuvent. Menteuse n'est cependant pas un roman policier, ni même un roman fantastique mais plutôt un roman sur la recherche d'identité d'une ado perturbée.

 * à partir de là, je dévoile des éléments de l'intrigue *

Micah n'est pas une jeune fille ordinaire : elle se passionne pour la biologie et l'ADN, elle aime courir (très vite). Surtout, elle souffre d'une maladie familiale (« je suis née couverte d'une fine couche de poils ») secrète, honteuse. D'ailleurs, les membres de sa famille qui en sont atteints habitent dans une ferme isolée à mis chemin entre les hamish et les survivalistes ! (et cette ferme semble être le seul horizon de Micah). Est-ce pour cela que Micah est menteuse compulsive ? Elle avoue mentir, tout le temps, à tout le monde, sauf au lecteur qui n'est cependant pas dupe très longtemps et s'interroge : qu'est-ce qui est vrai ? Qu'est-ce qui ne l'est pas ? Pourquoi ces mensonges ? Les hypothèses sont pléthoriques : j'ai tour à tour songé à un symptôme de sa maladie, un drame familial à cacher, un problème mental … Enfin, au milieu du roman, Micah crache l'incroyable vérité : elle est un loup-garou ! Mais même cette révélation semble contenir son lot d'énigmes : puisque Zack semble avoir été tué par des chiens, un loup ne pourrait-il pas être coupable ?

J'ai aimé que la 'vraie' vérité soit révélée par Justine Larbalestier, le contraire eut été frustrant. Les indices et le choix des mots ne laissent planer aucun doute possible (l'attitude apparemment monstrueuse des parents de Micah notamment, la cellule) : c'est infiniment laid et triste, une première en LJ (il me semble) d'avoir une ado psychopathe qui n'a aucune justification ni remords de ses actes … (d'ailleurs, on se demande si l'histoire des loups garous n'est pas une invention)

J'ai également aimé que (pour une fois) les créatures fantastiques ne soient pas glamour et richissime. Que leur but ne soient ni de sauver le monde ni de défendre leur amour. Par exemple, on est loin d'Indiana Teller (de Sophie Audouin-Mamikonian) lorsque Micah révèle qu'elle déteste être couverte de tiques  quand elle est loup ! Micah est une héroïne métisse (assez rare en LJ pour être mentionné), pauvre, qui considère son loup-garoutisme comme un handicap. Enfin (même si au début elle cache cet aspect des choses), Micah n'est pas chaste : « Zack et moi, on a couché ensemble. On a fait l'amour. Baisé. Niqué » (page 288). Évidemment, on n'échappe pas à quelques longueurs : j'avoue avoir trouvé un peu répétitives les passages entre Micah, Sarah (la petite amie officielle de Zack) et Tayshawn (le meilleur ami de Zack) …

* fin des spoilers *

Menteuse est possède une construction originale et audacieuse : une première version de l'histoire est racontée par Micah puis détricotée lorsqu'elle avoue certaines contrevérités. Et puis quelques mensonges se révèlent finalement être des vérités … Bref ! Un travail de réécriture constant. C'est assez déstabilisant mais suffisamment bien construit pour que le lecteur ne se perde pas. D'ailleurs, Justine Larbaslestier explique s'être servie d'un logiciel d'aide à l'écriture (Scrivener) qui lui a permis d'écrire Menteuse comme un puzzle (en passant, j'ignorais que ce genre de logiciel existait, je me demande si c'est vraiment nécessaire pour rédiger des textes de qualité …  m'enfin …) Les chapitres sont courts, alternant « avant » et « après » (la mort de Zack), « l'histoire de la famille de Micah » et « l'histoire de son lycée », rythmant le roman et le suspens est maintenu jusqu'aux toutes dernières lignes.

Pour conclure, je vous conseille de lire Menteuse (même si c'est un roman jeunesse et que vous y êtes assez réticent et malgré ses *petits* défauts) car c'est un véritable OVNI, original et dérangeant et que Justine Larbalestier est romancière américaine encore méconnue en France mais l'épouse du célébrissime Scott Westerfeld (Uglies, Léviathan, V-Virus …) (* ça c'était ma petite anecdote qui sert à rien *)