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Annabel de Kathleen Winter

Traduit de l'anglais (Canada)

Christian Bourgeois éditeur (2013)

453 pages / 20 euros

1968, au Labrador (région du Canada, frontalière du Québec), un enfant naît avec les deux sexes, masculin et féminin. Croydon Harbour est un village reculé, où le quotidien des habitants est rythmé par les saisons de pêche et les dangers d'une Nature extrême voire sauvage. Le mode de vie y est traditionnel et patriarcal. C'est pourquoi, Treadway, le père de l'enfant, décide qu'il faut choisir et, comme ses organes génitaux masculins sont les plus développés, de l'élever comme un garçon. Jacinta (sa mère) et Thomasina (une voisine présente lors de l'accouchement) auraient préféré laisser ce garçon-fille trouver sa place naturellement. Wayne, qui ignore tout du secret entourant sa naissance, va grandir en se sentant différent des autres enfants. D'autant plus Thomasina projette sur Wayne (qu'elle nomme Annabel) tout l'amour maternel qu'elle ne peut dispenser à sa propre fille, morte tragiquement.

Kathleen Winter, dont Annabel est le premier roman, parvient à traiter de l'hermaphrodisme (ou intersexualité) sans voyeurisme ni pathos. Sans sombrer dans les clichés notamment en ce qui concerne les parents de Wayne, qui aiment leur fils/fille malgré tout. Annabel n'est pas une étude de cas médicale ce qui le rapproche de l'excellent Middlesex de Jeffrey Eugénides. Non. Annabel est 'simplement' un roman d'initiation dans lequel Wayne/Annabel découvre que son identité profonde, ressentie, ne correspond pas à ce que les adultes attendent. Une part de féminité affleure toujours chez Wayne/Annabel : petit garçon gracile, il se passionne pour la géométrie et la nage synchronisée, activités jugées peu masculines par son père. (* le passage du maillot de bain de la nageuse russe est particulièrement bouleversant *). Adolescent, Wayne/Annabel doit choisir « entre une vérité angoissante et un mensonge rassurant ». Un parcours heurté, solitaire mais que Wayne/Annabel mène courageusement.

Étonnamment, c'est l'histoire des parents qui m'a le plus touché. Couple uni et heureux avant la naissance, ils s'éloignent progressivement par la suite. Jacinta s'enferme dans le chagrin et la culpabilité, tandis que Treadway (homme des bois, trappeur et grand taiseux!) fait face à la situation avec beaucoup de sensibilité, de compassion et toujours dans l'intérêt de sa famille.

Pour conclure, Annabel est une histoire très émouvante, à l'écriture poétique, lyrique, presque habitée, que Kathleen Winter a choisi d'envelopper d'un écrin naturel dépaysant (qui rappelle le grand Nord) où les gens sont simples, entiers, splendides. Bref ! C'est un roman sur la différence, sur l'amour de parents pour leur enfantSelon moi, un des meilleurs romans de l'année.