a moi seul bien des personnages

A moi seul bien des personnages de John Irving

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) : In One Person

Seuil / avril 2013 / 470 pages / 21,80 euros

A travers l'histoire de Bill, A moi seul bien des personnages retrace l'évolution des perceptions de la bisexualité, de l'homosexualité, de la transexualité, de l'épidémie du Sida et enfin, des mouvements LGBTQ (Q pour 'en questionnement') dans l'Amérique des années 50/60 à nos jours. C'est un roman sur la quête d'identité sexuelle et sur la tolérance que j'ai apprécié et trouvé fort instructif (à défaut d'avoir vraiment adoré !).

Bill est typique des personnages de John Irving : père absent, mère dysfonctionnelle, des « béguins malencontreux » pour son beau-père, pour une bibliothécaire ambiguë et pour un camarade d'école … La vie sur le campus de First Sister, Vermont, n'est pas simple pour lui. S'il peine à avouer ses attirances hors normes aux autres, Bill est un adolescent (puis un auteur à succès) d'une grande clairvoyance, courageux et qui n'est jamais dans le déni : il se sait bisexuel et non homo et l'assume. Gavé de littérature classique (dispensée avec soin par Miss Frost) et baigné par les pièces de Shakespeare (omniprésentes dans tout le roman), Bill apprend très jeune que les apparences sont trompeuses.

A moi seul bien des personnages repose sur un étrange mélange d'hyper réalisme et d'invraisemblance quasi grotesque. Réalisme clinique lorsque John Irving aborde les maladies opportunistes qui affectent les malades du Sida. Selon moi, il s'agit de passages nettement plus choquants que les dialogues crus ou les scènes de sexe (décriés par beaucoup de lecteurs dont j'ai lu les avis sur le Net). Mais il y a également une belle part d'invraisemblance, de part la multiplication de travestis dans l'entourage direct de Bill. D'ailleurs, sur la fin, ce gimmick récurrent m'a semblé lassant.

J'ai aimé suivre Bill de ses 13 ans (en 1955) à sa vieillesse, j'ai aimé suivre sur la durée l'évolution de personnages auxquels il est facile de s'attacher. J'ai été sensible à la dénonciation politique qui traverse tout le roman (l'aveuglement de Reagan concernant le Sida, l'étroitesse des mentalités …). Et comme l'exprime un des protagonistes, j'ai « découvert tout un monde de sexualités différentes » (page 429).