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Féroces de Robert Goolrick

Traduit de l'anglais (États-Unis) : The End of the world as we know it, Scenes from a Life.

Pocket / 2012 / 252 pages / 6,10 euros 

Je m'attendais à une fresque familiale américaine, des années 50 à nos jours. Or, Féroces est une autobiographie terrifiante, l'histoire intime de la famille dysfonctionnelle de Robert Goolrick.

De l'histoire, il ne faut pas trop en dévoiler.

Un homme adulte assiste à l'enterrement de son père, dans une petite ville de Virginie. Le fils haïssait le père. La suite du roman revient sur des évènements fondateurs de l'enfance pour expliquer cette haine. « Lorsque nous étions enfants, mon frère, ma sœur et moi, les hommes avaient deux choses que nous n'avons plus aujourd'hui : les cocktails et les coiffures sophistiquées » (p. 75). A l'origine, les parents évoluent dans un univers d'apparences, désuet et alcoolisé. Mais derrière le couple modèle (père enseignant, mère au foyer), c'est le désamour des enfants délaissés et maltraités qui, devenus adultes seront incapables d'être heureux, sombreront dans l'auto-destruction et la démence.

Difficile d'apprécier un tel livre, cru et sordide, terriblement déprimant et éprouvant !

Les horreurs racontées me hantent encore, d'autant plus que je n'y vois aucune démarche cathartique ou expiatoire de l'auteur. Seulement un immense cri de souffrance, une vie détruite à cause de parents cruels et égocentriques.

Franchement, j'ai eu du mal à ne pas abandonner ma lecture et je me suis régulièrement demandé pourquoi je m'infligeais ça. Je sais que de telles situations familiales existent mais je n'ai aucun goût à les lire dans un roman. A fortiori lorsqu'il s'agit d'une autobiographie. Je comprends l'intention de Robert Goolrick de témoigner, d'avertir, de dénoncer, de se justifier aussi : "Je raconte cette parce que je ne veux pas que l'on pense que j'ai foutu ma vie en l'air, consciencieusement, simplement parce que j'étais de mauvaise humeur " (p. 246) … Mais Féroces n'est pas une lecture que je ne conseillerais.

« Trois silhouettes dans un lit. Trois silhouettes dans un paysage blanc et chaud, une nuit où la fête s'était prolongée un verre de trop, où tous les lits étaient occupés, où mon grand-père était en train de mourir dans son pyjama à rayures, et où l'on fit une chose qui ne pourrait jamais, jamais être défaite » (p. 204) […] « Le reste n'est qu'une vie, rien de plus, l'histoire d'une vie difforme. Une vie où rien d'autre, à aucun autre moment, n'a vraiment d'importance » (p. 206).