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L'île des chasseurs d'oiseaux de Peter May

Traduit de l'anglais (The Blackhouse)

Rouergue noir / 375 pages / 19,50 euros

Miss Léo et Cryssilda ne tarissant pas d'éloges sur la trilogie écossaise de Peter May, j'ai profité de sa disponibilité à la bibliothèque pour me plonger dedans. Et j'en suis désormais amoureuse !

Un jeune inspecteur d’Édimbourg, Fin Macleod, est envoyé à Lewis pour enquêter sur un meurtre qui présente des similitudes avec une affaire en cours. L'île de Lewis, dans l'archipel des Hébrides, est justement l'île natale de Fin qu'il a quitté depuis 20 ans. A peine débarqué, il renoue avec ses souvenirs et retrouve ses anciens amis : Artair, son meilleur ami d'enfance, Donald, devenu pasteur après avoir fait les 400 coups sur le continent et Marsaili, sa première amoureuse. Même la victime était une connaissance, une sorte de brute épaisse détestée de tous, accusée d’agressions et du viol d'une adolescente. C'est dire si les suspects ne manquent pas ! Pourtant l'enquête piétine. Parallèlement, les habitants de Lewis préparent le grand événement annuel de l'île : le départ d'une poignée d'hommes, des durs, des vrais, vers un caillou rocheux à 100km des côtes où, pendant 15 jours, ils massacreront les petits des Fous du Bassan, appelés 'gugas'.

Après les pays nordiques, c'est à la vie âpre dans le nord de l’Écosse et dans ses îles qu'une série de romans policiers nous initie. En effet, L’île des chasseurs d'oiseaux n'est pas un polar classique. Certes, c'est une lecture haletante, pleine de rebondissements et qui s'achève sur une grande tension. Mais au final, il s'agit plutôt d'un portrait psychologique d'un homme (Fin) et d'une société ultra codifiée par l’Église. C'est un portrait sombre, désenchanté que présente Peter May : devenus adultes, les amis de Fin sont obèses, ivrognes et/ou amers. Quant aux jeunes, ils rêvent de quitter l'île mais rares sont ceux qui y parviennent. Fin fait figure d'exception. C'est d'ailleurs un personnage particulièrement attachant, fragilisé par le décès de son fils et la rupture d'avec son épouse. Bref ! Un héros qu'on prendrait plaisir à consoler …

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Enfin, les paysages, l'ambiance, le mode de vie de Lewis décrit par Peter May sont exceptionnels et saisissants. L'île de Lewis fut une véritable découverte pour moi : j'ignorai qu'on y parlait toujours le gaélique (avec l'anglais), que le sabbat chrétien y était encore respecté récemment (toute activité – même touristique – cessant le dimanche), que les habitants utilisent la tourbe comme combustible … Lewis, c'est l'île des figurines du jeu d'échec médiéval, du tweed, de la pêche au saumon … Mais l'auteur n'élude pas le côté 'obscur' : « Rien à faire, ou pas grand-chose. Le poids de la religion, une économie en déroute, un chômage élevé. Un alcoolisme très répandu et un taux de suicides bien au-delà de la moyenne nationale » (page 47). Et d'ailleurs, le rite de passage qu'est la chasse aux gugas est d'une rare dangerosité et d'une violence franchement inutile …

Pour conclure, c'est un roman que j'ai eu peine à lâcher (il m'a valu une nuit blanche, heureusement que je suis en vacances!). J'ai hâte de retrouver Fin Macleod dans le second opus de la trilogie (j'espère qu'il y sera un peu moins malmené et qu'il aura quelques moments de douceur …).