under the skin

Under the skin de Michel Faber

Traduit de l'anglais (Etats-Unis)

Points (poche) / 2014 / 303 pages / 7,20 euros

Si j'ai été attirée par ce livre ce n'est pas à cause de la sortie prochaine du film (librement adapté) mais de l'auteur, dont j'avais adoré La Rose pourpre et le lys. Quel étrange roman ! La quatrième de couverture laisse imaginer la chronique d'une prédatrice sexuelle. Or Under the skin est tout autre chose.

Isserley est une jeune femme vraiment bizarre. Elle erre sur les routes d’une Écosse inamicale à la recherche d'auto-stoppeurs parfaits. Parfaits c'est-à-dire jeunes, grands et musclés. Lorsqu'ils montent dans sa voiture, Isserley tente de connaître leur vie : ont-ils une femme ? Des enfants ? Un emploi ? Que fait-elle de ces hommes, qui disparaissent mystérieusement ? Et pourquoi Isserley tente-elle de se convaincre qu'elle est une femme libre de ses actes ?

* attention, la suite de mon billet est SPOILER, même si je vais essayer d'en dévoiler le moins possible *

Le passage de l'ultra réalisme à la SF est très subtil.

Au début, je pensais avoir affaire à une tueuse solitaire, puis à une secte et enfin, on bascule dans l'irréel. Comment ? Tout simplement par le vocabulaire employé (et c'est assez magistral de la part de Michel Faber !). Grâce à l'utilisation ponctuelle de mots inconnus ('vodsel' 'icpathua'), qu'on attribue d'abord à l'origine étrangère d'Isserley, le lecteur glisse progressivement vers l'irréel. Comme la quatrième de couv' préserve le 'secret', je me suis premièrement sentie très confuse. Surtout que l'héroïne ressemble à une bonne blague « drôle de fille, quand même. Moitié nymphette, moitié petite vieille » (page 20). Puis, ça fasse sens : j'étais dans un récit d'imagniaire.

Un personnage principal ambivalent.

Pour une fois dans un récit de SF, le monde imaginaire est laissé en marge de l'histoire. C'est autour du personnage d'Isserley que Michel Faber construit son roman : c'est une femme (?) mutilée, modifiée physiquement par ses congénères pour ressembler aux humains. Est-elle manipulée ou manipulatrice ? Michel Faber se livre à une véritable dissection psychologique d'Isserley, en pleine crise d'identité.

Pour autant, Under the skin n'est pas un livre introspectif. Il y a de la tension (la valse des auto-stoppeurs dont on espère toujours qu'ils seront épargnés), des rebondissements et une critique de la société (notre monde appréhendé du point de vu – souvent naïf – d'une alien). Il s'agit également d'une réflexion sur les concepts d'humain et d'humanité, de libre arbitre.

*Fin des SPOILERS*

Pour conclure, comme je lis rarement ce genre littéraire, j'ai trouvé cette histoire originale et passionnante. Mais j'ai été heurtée par la violence, la cruauté malsaine de certains passagesUnder the skin est un livre vraiment terrifiant et glaçant. En revanche, je cherche toujours l'humour pointée par The New York Times en quatrième de couv'. C'est certainement un roman que je n'oublierai pas de sitôt. Étonnant pour un livre que je n'aurai jamais lu si j'avais su de quoi il s'agissait !

Et hop ! Un roman à ajouter au Mélange des Genres de Miss Léo, catégorie SF/fantasy/imaginaire.

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