La-ville-de-nulle-part

La Ville de nulle part de Alison Lurie

Traduit de l'anglais (États-Unis) : The Nowhere City

Première parution : 1965

Rivages poche (bibliothèque étrangère) / 352 pages / 9,45 euros

Si j'avais déjà lu (et aimé) des romans d'Alison Lurie (Conflits de famille, Liaisons étrangères pour lequel elle a reçu le Pulitzer en 1984), c'est par hasard que j'ai acheté celui-ci en visitant l'expo TIKI POP du Quai Branly, l'année dernière.

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La Ville de nulle part raconte une année de la vie de Katherine et Paul Cattleman. C'est un couple d'intellectuels de Boston, contraints d'aller travailler en Californie. Malgré leurs préjugés et snobisme commun envers le mode de vie californien et de ses habitants, Paul et Katherine vivent cet exil différemment. Paul est historien, sûr de sa valeur, misogyne, exubérant et tombe immédiatement sous le charme de Los Angeles. En revanche, Katherine est déprimée chronique, timorée, presque frigide, et affligée par la superficialité de la ville qu'elle perçoit comme une agression envers ses valeurs morales. Pendant cette année en Californie, Paul et Katherine vont aller à la rencontre d'une ville mais également d'eux-même …

« Certes, Katherine n'avait jamais été ni très heureuse, ni très vivante. Mais maintenant, c'était comme si la Californie du Sud, où les poinsettias atteignaient deux mètres de haut et où les roses le disputaient aux choux par la taille, avaient accru son exaltation à lui et sa dépression à elle » (p.180)

Ce roman d'Alison Lurie est un roman sur le couple. Si Paul « s'encanaille » dans les bas-fonds de Venice, Katherine va elle aussi s'épanouir. C'est d'ailleurs un très joli cheminement de femme que décrit l'auteur (tandis que Paul est plutôt antipathique).

C'est également un roman sur une ville : Los Angeles au milieu des années 60. Le portrait dressé est édifiant, passionnant et dépaysant. C'est une ville artificielle, changeante (les villas du quartier de Paul et Katherine sont déménagées pour être installées autre part dans la ville), cosmopolite, sans saisons, écrasée par la chaleur. Alison Lurie insiste sur le fossé entre les vieilles villes universitaires de l'Est, encore corsetées, et la liberté californienne, l'imagination de ses artistes et habitants, l'ambition débridée de ses entreprises. C'est la ville des beatniks, des starlettes, des villas avec piscine d'Hollywood, des psychologues qui scutent les états d'âme et de la drogue qui s'échange en cachette.

Autre point très positif du roman, c'est son humour acerbe. Alison Lurie n'hésite pas à ridiculiser (tendrement) ses personnages, par exemple dans l'excellent passage où Paul ne peut concevoir d'une « simple » serveuse puisse lire (p.33-36).

Pour conclure, La Ville de nulle part est un roman bien écrit, drôle, avec des personnages soignés et qui livre une description de la Californie des années 60 plutôt rare en littérature. 

Et Hop ! Une seconde lecture pour le Mois américain de Titine.

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