hadassaHadassa de Myriam Beaudoin

Bibliothèque Québécoise (2006) / 223 pages

Hadassa est une plongée dans la communauté juive hassidique d'Outremont, qui est un arrondissement de Montréal.

Alice, jeune professeure de français, enseigne dans une école primaire hassidique. Pendant un an, elle est en charge des fillettes de 11-12 ans au joli babillement mêlé de yiddish, d'anglais et de français. Sans jugement mais pleine de curiosité, Alice pénètre un univers étrange, entre joie de vivre enfantine et interdits en tout genre. « Depuis la maternelle, mes élèves apprenaient que les professeurs de français n'étaient pas juives, qu'elles vivaient autrement et qu'il était strictement interdit de s’intéresser à leur vie, pas de questions, pas de curiosité. De la même façon, elles devaient demeurer discrètes, ne pas dévoiler les cérémonies de la synagogue, ne pas traduire les versets des livres sacrés, et surtout, surtout, ne jamais discuter de Dieu devant des non-juifs » (p.27). Parallèlement, Jan un jeune musicien épicier qui vient d'émigrer de Pologne, tombe sous le charme d'une femme de la communauté juive, la très belle Deborah …

J'ai trouvé la relation entre Alice et ses élèves belle et délicate. « Pendant neuf mois, cinq jours sur sept, quartier juif hassidique, j'avais partagé le temps avec 18 visages de lumières, et un amour de onze ans, extravagant » (p.208). Alice déborde d'affection pour Hadassa, Gitty, Libby, Nechama … qui sont très attachantes et n'hésitent pas à échanger avec leur « Madame » des « secrets des juifs ».

Comme Alice, le lecteur découvre d'abord une communauté juive orthodoxe pleine de festivités et de gourmandises (impressionnante « Fêtes des cabanes » dont j'ai trouvé des images sur Internet) car racontée par la fraîcheur de fillettes encore naïves. L'autre versant (l'absence de liberté des femmes, la séparation des sexes, l’éducation limitée des fillettes, le rejet de l'étranger …) apparaît en filigrane. Les tourments de Deborah, attirée par un « goyim », un non-juif, illustrent cet étouffement que doivent ressentir certains membres qui laissent parler leur libre-arbitre. Ça fait d'autant plus froid dans le dos que l'anxieuse, la tourmentée, la fébrile Deborah est le miroir prémonitoire du futur des adorables petites élèves d'Alice …

Pour conclure, j'ai été très émue (parfois révoltée) par cette histoire dans laquelle Myriam Beaudoin semble osciller entre hommage et dénonciation d'une communauté assez méconnue (du moins, de moi !).

Hadassa m'a gentiment été envoyé par Claudia, qui le tenait elle-même d'Aifelle. Merci:-) à vous !