les mijaurées

Les Mijaurées de Elsa Flageul

JUILLIARD / février 2016 / 228 pages / 18,50 euros

Les Mijaurées, ce sont Clara et Lucile. Leur amitié se noue au début des années 90, dans la cour d'un collège huppé à l'ombre du Panthéon. Gamines inséparables protégées par des familles atypiques, elles passent leurs étés en Suède et deviennent des ados insouciantes, pleines d'espoir en l'avenir. Clara rêve d'écrire tandis que Lucile veut réaliser des films. Mais au lendemain du 11 septembre, le passage à l'âge adulte sera brutal car les jeunes filles découvriront la maladie, la jalousie et l'injustice … C'est Clara qui narre la chronique de cette amitié, s'arrêtant sur les petits instants qui changent tout.

Roman d'apprentissage, chronique de vie à l'écriture fluide, presque parlée, Les Mijaurées est riche en émotions. Le thème de l'amitié d'enfance qui se transforme à l'âge adulte n'est évidemment pas original (je garde un souvenir déçu de Les Séparées de Kéthévane Davrichewy pour n'en citer qu'un).

Cependant, j'ai senti dans l’écriture d'Elsa Flageul une sincérité qui m'a touchée. Certes, cette sincérité ne l'empêche pas de sombrer parfois dans la facilité (les fameux « synchronismes »), frustrante pour le lecteur. Mais c'est avec une grande sensibilité qu'Elsa Flageul évoque les joies et les affres d'une amitié presque amoureuse, fusionnelle, intime où la jalousie et l'émulation sont délétères mais inévitables.

« … des petites rancœurs étouffées, de tous ces petits silences de rien du tout, de tout ces petits trop que l'on supporte un peu chaque jour en se disant timidement 'quand même elle exagère' ... » (p.147)

Cette description de l'amitié comme une entité mouvante, parfois cruelle parfois refuge, est très juste. Je me suis clairement reconnue dans cette histoire d'autant plus que j'ai connu les années 90 que l'auteure ressuscite à travers les succès musicaux de l'époque, la peur du SIDA, la coupe du monde de 98, l'apparition des portables …

Pour conclure, Les Mijaurées est un beau roman solaire et nostalgique qui faire rire autant que pleurer (*si si, ça existe*)