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De beaux lendemains de Russell Banks

Traduit de l'américain : The Sweet Hereafter

ACTES SUD (1994) / 252 pages 

Je voulais lire ce roman parce que je crois à l'effet prophylactique d'une chute de neige en littérature pour se prémunir de la chaleur ambiante actuelle !

De beaux lendemains évoque les conséquences du décès de plusieurs enfants dans l'accident de leur bus scolaire, dans une bourgade au nord de l’État de New York, au début des années 90. C'est un roman choral raconté par les différents protagonistes du drame : la conductrice traumatisée mais indemne, le père éploré, l'adolescente handicapée à vie et l'avocat new-yorkais cynique selon lequel « il n'y a pas d'accident ». Au contraire, il va convaincre les habitants de Sam Dent qu'il faut trouver les responsables (solvables) pour leur attenter un procès en négligence. Mais De beaux lendemains n'est pas du tout un roman malsain inspiré d'un fait divers macabre car les témoignages portent davantage sur la vie d'avant le drame et sur les suites de celui-ci sur la communauté et de manière plus individuelle, sur les victimes.

Russell Banks esquisse des personnages complexes et authentiques en évitant de tomber dans la facilité. Ils ne sont pas forcément aimables car Russell Banks nous les livre à un instant t. de leurs existences, avec leurs failles, leurs solitudes … Dolorès Discoll, la conductrice du bus, est assez antipathique avec ses jugements à l'avenant et sa tendance à exclure les étrangers de sa bienveillance. J'ai peu apprécié Billy Ansel, perçu comme un modèle par ses voisins, mais qui raconte un séjour familial en Jamaïque édifiant. La palme revient à l'avocat new-yorkais, méprisant, prétentieux, opportuniste et manipulateur de familles endeuillées, éthiquement corrompu … Ce personnage (et ce qu'il dévoile du système judiciaire américain) est particulièrement choquant. Je vous laisse apprécier quelques unes de ses perles :

« Une victime vivante est plus efficace qu'une morte devant les jurés » (p108)

« Ma tâche consiste à les représenter dans leur colère, pas dans leur peine » (p122).

Seule la jeune Nicole apporte une touche de lumière. Droite et très lucide, c'est assurément le personnage qui touche le lecteur au cœur. Même si ce qu'elle fait peu paraître injuste, on comprend qu'elle le fait pour sauver sa famille et sa communauté …

Russell Banks décrit une Amérique profonde qu'on ne rencontre pas souvent dans la littérature, amère, dure et sans concession. Le drame intervient dans une petite vallée boisée, montagneuse, courue des riches new-yorkais pour le ski et les loisirs d'été mais dans laquelle les locaux vivent dans un marasme économique et social déprimant et où les jeunes n'ambitionnent aucun avenir à l'extérieur …

Malgré un démarrage un peu long, De beaux lendemains est une lecture forte qui évoque le deuil, le statut de victime, le poids de la culpabilité mais qui fait également s'interroger sur le collectif et la communauté qui, pour Russell Banks, semble être un ensemble d'individualités étroitement tricotées pour donner un tout interdépendant …