Ada

ADA de Antoine Bello

NRF - Gallimard (juin 2016) / 361 pages / 21 euros

Californie, Silicon Valley. La « Turing Corporation » a créé une Intelligence Artificielle programmée pour écrire un roman d'amour, nommée Ada. Lorsque Ada disparaît, le directeur de l'entreprise fait appel à Frank Logan, un inspecteur de la « Task Force for Missing Persons & Human Traficking ». A travers l'enquête de Frank, homme de conviction mais technologiquement dépassé, se dévoilent les enjeux financiers, éthiques et sociétaux de l'IA.

Bien que Ada soit un roman nettement plus léger et malicieux que la (*merveilleuse*) série des Falsificateurs/Éclaireurs/Producteurs, on y retrouve de nombreux points communs.

Antoine Bello est un français qui raconte et écrit comme un auteur anglo-saxon (*pour moi, c'est un compliment*) et qui incarne ses personnages dans le monde décomplexé de l'entreprise et des innovations technologiques. A travers Frank, Antoine Bello semble laisse planer le doute : fait-il une dénonciation de la toute puissance de la science et du marché ? ou la parodie d'une vision passéiste de notre société ? Ses histoires regorgent aussi d'anecdotes documentées sur des sujets hétéroclites (les sources historiques d'inspiration de l'IA, Alan Turing, les romans sentimentaux …). C'est un cocktail qui me plaît.

On pourrait résumer le livre à l'échange (le duel?) entre Ada, sa froideur statistique et son implacable logique de machine, et Frank, idéaliste et homme d'émotions. Mais l'IA est un prétexte pour aborder un autre sujet, celui de la création littéraire. Une machine peut-elle écrire comme un humain ? Existe-il encore une création possible ou tout a-t-il déjà été écrit ? Antoine Bello se moque gentiment des romans sentimentaux formatés, du monde mercantile de l'édition mais également de lui-même. A ce titre, la fin du roman, qui interroge l'ensemble de l'histoire, est amusante et bien fichue.

Pour le moment, Ada est le seul livre de la rentrée littéraire que j'ai lu et je m'y suis beaucoup amusée !