quitter le monde

Quitter le monde de Douglas Kennedy

Traduit de l'américain (Leaving the world)

Pocket poche / 2010 / 693 pages / 8,40 euros

 

A chaque fois que je commence un livre de Douglas Kennedy je m'attends au meilleur comme au pire. Mais il n'y a jamais d'indifférence, je me sens toujours touchée par cet auteur. Bien que moins prenant et moins fluide dans sa narration que Les charmes discrets de la vie conjugale, Quitter le monde est une histoire que j'ai énormément aimé.

Victime de parents néfastes (comme c'est souvent le cas chez Douglas Kennedy) et d'un manque abyssal d'affection (et de confiance en elle), Jane devient pourtant une étudiante puis une enseignante brillante. Farouche, elle refuse de s'attacher. Trop conciliante avec les hommes de sa vie (père, amants), Jane enchaine les nouveaux départs qui s'achèvent en échecs : enseignante, trader, bibliothécaire … sa fuite en avant ne semble jamais devoir s'arrêter. Après un accident particulièrement triste, Jane décide de « quitter le monde » : il ne s'agit pas de mourir (elle a également échoué à ça) mais de continuer à vivre malgré tout, parce que c'est notre condition d'êtres humains. La toute dernière partie (la rédemption de Jane ?) est télescopée, mal amenée et manque d'intérêt. Malgré tout, j'ai aimé que Jane décide de « faire une nouvelle entrée dans le monde », en femme différente de celle qu'elle était.

Quitter le monde est une succession d'histoires dans l'histoire. Douglas Kennedy, avec le talent d'un merveilleux raconteur de nouvelles, invente des personnages atypiques (mais crédibles) en quelques lignes. Ces êtres marginaux (Théo le fan de cinéma immature, Vern le mélomane alcoolique asocial …) cohabitent dans une Amérique très conservatrice où un citoyen peut perdre son emploi sur la base de rumeurs. 'Vivont cachés pour vivre heureux' n'a jamais été aussi bien illustré.

De même, Douglas Kennedy est étonnement critique avec le monde universitaire de la Nouvelle Angleterre que Jane côtoie. La vie de campus est taxée de « mesquine », de « petits enjeux », bourrée d'intrigues et de coups bas entre collègues. Les universitaires, anciens auteurs à succès sans inspiration sont des « momies académiques ». Un son de cloche suffisamment différent de la tradition des romanciers américains, issus de ce milieu, trop complaisants, pour qu'on le note.

Pour conclure, Quitter le monde fait partie des 'bons' Douglas Kennedy. A lire si l'on n'a pas peur de suivre le destin étonnement malchanceux d'une femme parfois trop fataliste

Un livre de plus pour le MOIS AMERICAIN organisé CHEZ PLAISIRS A CULTIVER.

 

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