Le maitre des orphelins

Le maître des orphelins de Jean Zimmerman

Traduit de l'anglais (États-Unis) : The Orphanmaster

Éditions 10/18 (Grands détectives) / 2014 / 620 pages / 9,10 euros

Davantage encore que la plupart des 10/18 « Grands détectives », Le maître des orphelins imbrique savammentreconstitution historique (la vie des colons hollandais en Amérique au XVIIème siècle) et enquête policière. J'ai a-do-ré !

1663, la pointe de Manhattan et l’embouchure du fleuve Hudson sont occupés par la Nouvelle-Néerlande, colonie « qui n'existait que pour répondre à l’appétit croissant des Européens pour la fourrure » (p.43). Le principal comptoir commercial de la Nouvelle-Néerlande est La Nouvelle-Amsterdam, ville portuaire protégée par une enceinte, où se côtoient colons hollandais et anglais, indiens, esclaves affranchis … dirigés par un gouverneur de fer, Petrus Stuyvesant. De chaque côté, d'autres colonies – mais anglaises, celles-ci (la Nouvelle-Angleterre et la Virginie).

 « En Amérique, la Nouvelle-Néerlande restait une épine dans la patte du lion anglais, une esquille, un coin fiché entre deux colonies de la Couronne » (p.128)

Blandine Van Couvering est une jeune négociante hollandaise, indépendante et farouche qui lutte pour s'imposer dans un monde masculin. Au contraire, Edward Drummond est un noble anglais, éclairé et baroudeur, nouvellement immigré, mandaté par Charles II pour une mission secrète. A mesure que l'on fait connaissance avec ces personnages hauts-en-couleur (*qui rappellent ceux de Sleepy Hollow*) et avec le fonctionnement de la colonie, des orphelins disparaissent. Blandine et Drummond, malgré leurs différences, seront les premiers à s'en inquiéter. Mais dans une société où se mêlent religion et superstitions, où la rumeur est une arme, on préfère soupçonner le « witika » un démon indien cannibale, ou les sorcières …

Une colonie industrieuse à la prospérité éphémère :

Le vernis de la civilisation est fin dans le Nouveau-Monde, les mœurs sont moins puritaines que dans la lointaine « Patria » (la mère partie, c'est-à-dire la Hollande). Le commerce (le dur labeur) reste la valeur fondamentale de la société mais pour contrebalancer un sentiment d'insécurité omniprésent, les colons aiment organiser des festivités qui tournent parfois en orgies d'alcool, de chère, de débauche … La mort est familière, elle fait partie de la vie, comme la charge de « maître des orphelins » fait partie de la ville : entre guerres avec le voisin anglais et massacres indiens, la vie est courte. Le gibet est souvent utilisé.

Une simple palissade en bois sépare la Civilisation de la Nature :

En effet, les colons doivent composer avec un territoire américain encore sauvage (*on est évidemment très loin du Manhattan d'aujourd'hui*). Ambivalence d'une étonnante luxuriance de la nature, de l'abondance des espèces animales, du voisinage de tribus indiennes (algonquins, esopus …) : cette proximité (voire cette promiscuité) fait la richesse de la colonie mais également son danger. Elle semble faire ressortir le pire des hommes et Jean Zimmerman n'hésite pas à faire sauter les pires tabous.

Sur ce terreau très fertile, Jean Zimmerman invente une intrigue policière cruelle (il faut avoir le cœur bien accroché) mais qui se tient. Même si on comprend assez rapidement les ressorts de cette intrigue, les rebondissements fonctionnent et les personnages – qui possèdent tous leurs petites noirceurs sauf la virginale Blandine – sont agréablement complexes.

Pour conclure, j'ai été littéralement happée par cette reconstitution historique et par ce petit bout de l'histoire de l'Amérique que j'ignorais même si comparativement, l'intrigue policière (sans pour autant être anecdotique) m'a semblé moins dense. Presque un coup de cœur ...