Hawthorne-La-Lettre-ecarlate

La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne

The Scarlet Letter

Première publication : 1850

Gallimard (Folio classique) / 370 pages / 6,20 euros

Je trouve que les récits de Hawthorne sont une littérature d'automne. Peut-être est-ce à cause de l’image d'Épinal des premiers colons américains fêtant thanksgiving ou encore de la similarité de certaines description des paysages avec Washingthon Irving (auteur de La Légende du cavalier sans tête) ? Cela étant, l'année dernière j'avais adoré La Maison au sept pignons et cette année, j'ai eu envie de relire La Lettre écarlate. Étonnamment cette seconde lecture a été plus riche (d'émotions, de sensations) que la première (*où le risque de découvrir trop jeune des classiques que l'on ne comprend pas toujours*).

D'abord, j'ai aimé retrouver l'auteur Nathaniel Hawthorne, toujours soucieux d'expliquer sa démarche : alors fonctionnaire des Douanes de la ville de Salem (où il s'ennuie à mourir), il découvre les archives privées d'un obscur prédécesseur qui lui inspirent son roman. « Que l'on n'oublie pas, en cours de lecture, que l'authenticité des principaux épisodes de cette histoire est garantie par le manuscrit de M. l'Inspecteur Pue. Ce document demeure, ainsi que la lettre écarlate en ma possession […] je me suis accordé autant de liberté que si les faits avaient été entièrement de mon invention. Je ne me porte garant que de l'authenticité des contours » (pp. 62-63). En outre, je trouve l'histoire personnelle de cet homme émouvante : la culpabilité envers ses aïeux inquisiteurs « de rigides puritains au front sourcilleux » (p. 32) qui transparaît encore et toujours, le voisinage de grands auteurs américains du XIXème siècle (Emerson, Ellery Channing, Thoreau, Longfellow …) dont il ne s'estime jamais à la hauteur … ça me touche.

Concernant l'histoire même, cette Lettre écarlate qui désigne la femme adultère dans l'Amérique puritaine de l'époque coloniale, j'ai été littéralement frappée par la théâtralité et la tension psychologique qui s'en dégagent.

A ce titre, la scène d'ouverture qui montre la condamnation de la belle, l'aimante et droite Hester Prynne à rester exposée à la vue de tous sur la place publique, affublée d'une lettre infamante mais extravagamment brodée, est forte. La tension dramatique est renforcée par l'arrivée de son époux (encore inconnu – du lecteur et des habitants) et par l'exhortation de son amant (également secret) à dénoncer le second pécheur. Lors de ma précédente lecture, cela ne m'avait pas frappée de la sorte mais j'ai trouvé le Révérend Dimmesdale très lâche.

J'ai également été étonnée de trouver un texte très psychologique, très humain et très loin d'un recueil de moral : les personnages (Hester Prynne, Arthur Dimmesdale et Chillingworth) sont torturés par la vengeance, la culpabilité, la crainte de la déchéance morale … d'une puissance assez démentielle. Cette impression générale est renforcée par la narration qui se déroule sur 7 années pendant lesquelles il ne se passe finalement que peu d’événements. Seule la petite et fantasque Pearl apporte de la spontanéité et un peu d'inattendu.

Pour conclure, je m'excuse d'avance pour ce billet, un peu brouillon (à l'image de mes impressions de lecturemelangedesgenres1, très fortes). Je ne m'attendais pas à tomber sous le charme d'un classique que je pensais déjà connaître. Il me tarde de lire les autres écrits de Nathaniel Hawthorne. Et si certains d'entre vous connaissent une biographie de qualité de cet auteur, je suis toute ouïe !

 

 

Et HOP ! Une participation supplémentaire pour le challenge de Miss Léo, le Mélange des genres (catégorie classique étranger)