retour à Brideshead

Retour à Brideshead de Evelyn Waugh

Traduit de l'anglais : Brideshead revisited

1ère édition : 1947

Robert Laffon (pavillons poche) / 606 pages / 11,50 euros

J'ai déjà lu plusieurs romans de Nancy Mitford et j'avais dans l'idée depuis longtemps de découvrir ceux de son ami romancier, Evelyn Waugh (1903-1966). C'est chose faite avec Retour à Brideshead

Charles Ryder, soldat britannique pendant la 2GM, arrive avec sa compagnie dans une propriété réquisitionnée qu'il reconnaît avec émotion. Quelque vingt ans auparavant, le domaine de Brideshead et ses habitants lui étaient chers. Il se souvient …

« [l'université où l'] on passe la moitié de la seconde année à se débarrasser des amis indésirables que l'on s'est faits durant la première » (p.50) 

1923, Oxford.

Charles fait la connaissance de Sebastian Flyte, un jeune aristocrate flamboyant, excentrique et qui ne se sépare jamais de son ours en peluche. Débute alors une amitié-amoureuse, thème assez classique de la littérature anglaise (et qui n'est pas sans rappeler Maurice de EM Forster). Cependant, c'est de manière détournée que Evelyn Waugh évoque l'homosexualité de Sebastian et Charles. Charles, jeune homme solitaire dont la famille se réduit à un père particulièrement distant, sans titre ni fortune, tombe immédiatement sous le charme (et l'influence) de Sebastian, être fantasque mais tourmenté. « Un mal le rongeait, profond, indéfini, dont je ne pouvais diagnostiquer l'ampleur, et qui ne me laissait d'autre ressource que de m'en sentir navré pour lui » (p.223).

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Sebastian introduit Charles dans sa famille, étonnant mélange de catholicisme et de liberté de mœurs. Il y a Lady Marchmain, dévote qui refuse le divorce à son époux et Lord Marchmain exilé avec sa maîtresse à Rome. Il y a les 4 enfants : Sebastian tiraillé entre sa religion, l'alcool (et peut-être ses amours non orthodoxes), Julia belle, arrogante et égoïste, Cordelia la gamine altruiste et Brideshead l’aîné rustre et conventionnel. « Quelle chose étrange, pensai-je, que de voir les mêmes ingrédients, différemment dosés, produire Brideshead, Sebastian, Julia et Cordelia » (p.520).

Retour à Brideshead commence comme un roman initiatique mais il s'agit plutôt de l'histoire(sur plusieurs décennies) d'une famille et de son mode de vie sur le déclin. A l'image de Sebastian (gangrené par l'alcool et le mal-être), c'est au chant du cygne de la vieille aristocratie anglaise pendant l'entre 2 guerres, auquel Charles assiste comme observateur impuissant.

Pour conclure, j'ai trouvé ce roman fort classique (c'est à la fois positif et négatif) et fort belle son écriture. Cependant, les sentiments et les désirs des personnages sont tellement dissimulés derrière les non-dits (le poids des tabous !) que je ne me suis pas particulièrement attachée à eux. Enfin, je m'attendais à plus de verve, de cynisme et de critique de la société anglaise. C'est donc une rencontre à moitié réussie/manquée avec Evelyn Waugh. Cela dit, je pense poursuivre ma lecture avec Cher Disparu