la_reine_des_lectricesLa Reine des lectrices de Alan Bennett

Traduit de l'anglais : The Uncommon Reader

Denoël (Et d'ailleurs) / 2009 / 173 pages / 12 euros

La Reine des lectrice raconte comment la reine Élisabeth II d'Angleterre découvre les plaisirs de la lecture au détour d'une allée du jardin de Windsor, lorsqu'elle tombe nez-à-nez avec le bibliobus, alors qu'elle frôle les 80 ans.

Par politesse, elle décide de faire un emprunt. Malgré l'aridité de son choix (Ivy Compton-Burnett), la Reine termine sa lecture : « C'est ainsi qu'on était élevé jadis : qu'il s'agisse des livres, des tartines beurrées ou de la purée de pommes de terre, il fallait toujours finir ce qu'il y avait dans son assiette » (p.19). La semaine d'après, elle n'a d'autre alternative que de rapporter ce roman et d'en emprunter un nouveau et ainsi de suite jusqu'à ce que la lecture devienne une addiction et chamboule le quotidien de la Reine et de son entourage. « Elle découvrait également que chaque livre l'entraînait vers d'autres livres, que les portes ne cessaient de s'ouvrir, quels que soient les chemins empruntés, et que les journées n'étaient pas assez longues pour lire autant qu'elle l'aurait voulu » (p.33).

J'ai trouvé ce parcours de lectrice à la fois charmant, drôle et plein de saillies mordantes sur la lecture, les auteurs et la royauté.

Le premier intérêt de ce roman, c'est le cheminement littéraire qu'Alan Bennett imagine pour une novice pas [tout à fait] ordinaire. Je trouve toujours passionnant d'observer comment lisent les autres, quelles sont leurs manies (carnets ou pas carnets?) … Or, comment choisir un livre lorsqu'on est reine ? Pourquoi ne pas commencer par les auteurs qu'on a personnellement rencontré ? Anoblis ? Qu'y a-t-il de choquant à se laisser guider par un commis de cuisine roux et gay aux lectures explicites ? Frôle-t-on l'incident diplomatique si le Président français (qui n'est pas nommé) ignore qui est Jean Genêt ? D'autant que les remarques que prêtent Alan Bennett à la Reine sur ses lectures font souvent mouche.

J'ai également apprécié la réflexion plus profonde qui affleure sous cet humour décalé so british. Lire, c'est s'émanciper. Lire, c'est développer de l'empathie pour les autres. Ces choses, la Reine les découvre progressivement, au prix d'une amère prise de conscience : aurait-elle pu être une autre ? Avoir une vie plus intéressante ? Les regrets se mêlent parfois à ses lectures et l'exutoire que Sa Majesté trouve est fort amusante (et cohérente) …

Ce portrait d'une femme âgé s'affranchissant des convenances (assez rare en littérature) m'a par ailleurs rappelé un magnifique livre : Tout passion abolie de Vita Sackeville-West.

Pour conclure, je me suis amusée à la lecture de ce roman, même si l'humour est parfois teinté de regrets et de désillusions …

Voilà ma 5eme participation au MOIS ANGLAIS 2015 organisé par Lou, Titine et Cryssilda.

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