cloud atlas

Cloud Atlas (Cartographie des nuages) de David Mitchell

Traduit de l'anglais

Points (2013) / 713 pages / 8,90 euros

Cloud Atlas est un OVNI littéraire dans lequel le lecteur, qui ne sait absolument pas à quoi s'attendre, est condamné à élaborer progressivement ses propres hypothèses. J'avais déjà rencontré ce genre d'histoire, l'été dernier, avec l'inclassable Under the Skin (Michel Faber).

Il est difficile de faire une présentation concise de Cloud Atlas car le roman se compose de six récits [quasi] indépendants, s'étendant sur plusieurs siècles.

1830, Polynésie. Adam Ewing est un jeune (et naïf) notaire américain qui navigue vers l'Australie pour régler un testament. Dans son journal, il raconte sa découverte des antipodes. C'est un chrétien charitable qui n'hésite pas à sauver un esclave aborigène.

1931, Belgique. Robert Frobisher est un jeune musicien et compositeur anglais. Homosexuel, fantasque, tourmenté, il brûle la chandelle par les 2 bouts. Il devient l'assistant de Vyvyan Arys, un compositeur célèbre, affaibli par la maladie qui sera bientôt jaloux de son jeune aide (et pour cause).

Années 70, côté Est des États-Unis. Luisa Rey est journaliste d'investigation dans un papier de seconde zone. C'est une idéaliste. Elle enquête sur un projet de centrale nucléaire, classifié dangereux par des experts. Malheureusement le PDG de la firme lance un tueur à ses trousses.

Époque contemporaine, Angleterre. Timothy Cavendish est un éditeur sur le retour, acariâtre et immoral, qui se retrouve enfermé contre son gré dans une maison de retraite.

Futur indéterminé, Nea So Corpo (ex-Corée). A la veille de son exécution, le clone Sonmi-451 raconte à un archiviste comment elle a pris conscience de son état d'esclave du restaurant de Papa Song. Son monde dystopique est une critique de notre société de consommation où celle-ci est poussée à l’extrême (les boissons sont des « starbucks », les chaussures des « nike », les photos des « kodak » …).  

Futur indéterminé (« après la Chute »), Hawaï. L'Humanité est retournée à un état proche des sociétés primitives. Zachry, gardien de chèvres, appartient à une rude peuplade au dialecte écorché qui suit un syncrétisme impression de croyances mais a perdu la « Savance » (la science).

Rien ne semble lier cette myriade de personnages à l'exception d'une tâche de naissance en forme de comète et des impressions de déjà-vu. Ce sont également tous des personnages en lutte contre certains aspects de leur société : l'esclavage, le capitalisme, l'inhumanité du traitement des seniors, les conventions … David Mitchell ne livre pas les clés de son dense roman mais propose de s'interroger sur la théorie du tout-est-lié, dela réincarnation et de l'héritage du passé. C'est aussi un roman qui dénonce la (sur)consommation, la pollution, la vieillesse, la servitude et le cheminement vers l'émancipation …

La construction du roman est étonnante, cyclique, et donne un rythme vraiment particulier à l'ensemble.

Je me suis plus intéressée à certaines histoires (celles de Sonmi-451, d'Adam, de Zachry ou de Robert) mais l'ensemble est passionnant. J'ai aimé chercher les clés du roman dans les petits détails laissés par l'auteur, j'ai aimé passer d'une époque à l'autre, j'ai apprécié l'effort titanesque de David Mitchell pour proposer une narration (et une langue) réellement propre à chaque personnage. C'est clairement un livre qui gagne à être relu.

Pour conclure c'est une jolie lecture, dense, qui fait travailler les méninges sans pour autant être difficile à lire. Un Pavé de l'été comme je les aime.

Pavé de l'été