Mr Harrison

Les Confessions de Mr Harrison de Elizabeth Gaskell

Traduit de l'anglais : Mr Harrison's confessions (1851)

Points (Grands romans) / 2012 / 156 pages / 5,70 euros

Les Confessions de Mr Harrison est un roman qui se dévore en quelques heures, une friandise qui se savoure, qui met de bonne humeur et qui amuse énormément. Bref ! Un grand merci à Titine grâce à laquelle j'ai gagné ce livre.

« Raconte-moi comment tu t'y es pris pour gagner son cœur » (page 7). Un soir, Mr Harrison raconte à un ami dans quelles circonstances il a rencontré (et conquit) son épouse. Or le lecteur ne connait ni le nom ni l'apparence physique de l'élue et se perd en conjecture pour deviner son identité. Jeune diplômé en médecine, Mr Harrison arrive à Duncombe pour reprendre progressivement la clientèle d'un confrère bienveillant, Mr Morgan. Le fossé est large entre Londres (d'où il arrive) et ce petit bourg campagnard, les risques de commettre des impers auprès de ses habitants est grand. Et la liste des quiproquos sera longue. « Assurément, une pomme de discorde avait été lancée dans notre petite ville » (page 129)

La vie à Duncombe représente un tableau charmant. Les loisirs de la bonne société se résument à des plaisirs simples : promenades en calèche, pique-nique festif, gouter dans un manoir ancien … (*je m'y voyais parfaitement !*). Pourtant Mr Harrison ne coule pas des jours tranquilles : il est assailli, dès son arrivée, par toutes les femmes à marier (ou à défaut leurs entremetteuses). Or il est amusant et assez rare dans la littérature victorienne d'avoir un point de vue masculin sur la lutte fielleuse et féroce que se livrent des femmes pour mettre le grappin sur un bon parti ! On se distraie énormément des subterfuges qu'elles utilisent pour attirer l'attention du pauvre médecin : Miss Caroline « prenait son air de mourante » (page 85) et prétextant un problème de cœur, lui demande d'amener son stéthoscope … J'ai beaucoup compati aux malheurs de Mr Harrison même s'il est particulièrement naïf et peu rodé aux astuces de séduction des femmes. (ses incompréhensions du sexe féminin n'en sont que plus drôles !)

Même si le roman est court, Elizabeth Gaskell fait la description de personnages attachants. Mr Harrison, grand naïf et amoureux fidèle évidemment. J'ai également beaucoup aimé Miss Bullock victime d'une belle-mère entremetteuse forcenée et peu discrète, Mrs Rose veuve adorable mais coquette, Mr Morgan tellement soucieux des apparences, les demoiselles Tomkinson complètement givrées … Une galerie de caractères hauts en couleur, vivants, parfois bienveillants jusqu'à la malveillance et surtout absolument et irrémédiablement soucieux des affaires de leurs voisins !

J'ai été un peu surprise par la fin des chapitres, parfois un peu brusque, et par les transitions, assez maladroites. Je pense que la publication en feuilleton est responsable de ces petits bémols. D'ailleurs, le talent d'Elizabeth Gaskell n'est plus à démontrer : il suffit de lire Nord et Sud pour en être convaincu. Pour conclure, il s'agit donc d'un roman victorien jubilatoire.