au temps du roi édouard

Au temps du roi Édouard de Vita Sackville-West

Traduit de l'anglais (The Edwardians)

Première parution : 1930

LGF/Le Livre de poche (Biblio) – 2012 - 253 pages

Au temps du roi Édouard est le portrait minutieux et affectueusement ironique de l'aristocratie anglaise pendant le règne d'Édouard VII (1901-1910). C'est un récit d'apprentissage qui verra le jeune duc de Chevron lutter contre le déterminisme lié à sa position sociale.

Le récit débute par un week-end donné au luxueux domaine de Chevron où la duchesse et ses enfants, Viola et Sébastien, reçoivent la fine fleure de la noblesse anglaise. C'est une société oisive et nombriliste, « un monde où le plaisir tombait comme une pêche mûre dans une main tendue », « un monde fermé [où] chacun faisait ce que bon lui semblait, pourvu que rien ne transpirât … Il fallait respecter les apparences, sinon la morale ». Sébastien et Viola y font la connaissance de l'explorateur Léonard Anquetil qui leur ouvre les yeux sur cette hypocrisie. Sébastien est un jeune homme en devenir, rebelle et romantique, qui rêve de liberté mais qui reste profondément attaché à l'héritage de ses ancêtres. Anquetil prédit à Sébastien qu'il finira par rentrer dans le moule. S'en suivent les errements sentimentaux du jeune duc pour lequel l'engagement sentimental s'apparente à une prise de position politique.

La plume de Vita Sackville-West est à l'image de la société qu'elle décrit : virevoltante, endiablée et frénétique notamment quand elle raconte les préparatifs de la fête d'ouverture (du point de vue des maîtres et des domestiques) ou du sacre de Georges V.

Sa description de la société aristocratique édouardienne est vivante et juste. VSW pointe la distinction entre la jeune génération (les mondaines à l'image de Lady Sylvia Roehampton qui cherchent l'accomplissement de leur plaisir personnel) et l'ancienne génération, moquée par les premières pour leurs intérieurs poussiéreux et leurs principes rigides. VSW possède une analyse lucide (et rétrospective car elle écrit en 1930) d'une société à cheval entre la sévère époque victorienne et la libéralisation de l'après-guerre. L'introduction d'André Maurois explique cela très bien :

« Voici un document de première main sur cette époque de transition que fut, en Angleterre, entre la sévérité du victorianisme et l'émancipation de l'après-guerre, le règne du roi Édouard VII. Temps d'inquiétude et de doute pour les classes dirigeantes. Les « Edouardiens » n’acceptaient plus le code strict, inhumain des « Victoriens », mais ils étaient bien loin encore du scepticisme naturel des « Georgiens ». Ils osaient avoir des passions ; ils n'osaient avouer qu'ils en avaient. Ils craignaient le scandale plus que la souffrance ; enfin ils étaient prêts à se sacrifier pour des préjugés qu'ils n'avaient plus »

Pour conclure, j'ai finalement davantage été sensible au cadre historique qu'aux enjeux narratifs de ce roman, contrairement à ma précédente lecture de VSW (Toute passion abolie). Surtout, j'ai été enchantée de retrouver le rythme enlevé et l'ironie mordante (mais souvent affectueuse) de VSW (dont je vous laisse un exemple savoureux parmi d'autres) :

« - Quoi ! S'écria la duchesse, un peintre ? Quel peintre ? A-t-on jamais entendu une chose pareille ? La fille de Lady Roehampton épouser un peintre ? Mais non, mais non … Vous épouserez Tony Wexford, et nous verrons après ce qu'on pourra faire pour le peintre, ajouta-elle, en lançant à Sylvia un coup d’œil rapide »

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Et pour commencer (*en beauté*) ce MOIS ANGLAIS 2016 (merveilleusement organisé par Lady Lou et Lady Cryssilda) j'ai fouillé pour trouver quelques portraits de mondaines peintes par John Singer Sargent (1856-1925) que VSW mentionne plusieurs fois dans son récit.

Sargent 1902 Winifred Duchess of PortlandMadame X ou Madame Pierre GautreauMrs Hugh Hammersley, 1892? Sargent, METPortrait-Painter